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Le monde est un grand bac à légumes.

Archives de février 2009

Comme un vieux couple qui se déteste

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Français

La Belgique, c’est quelque chose de paradoxal. Alors que le débat Wallonie/France est ouvert, et que le séparatisme flamand continue ses pélerinages de l’Yser, l’ensemble de la société est d’une stabilité déconcertante (fr).

Português

A Bélgica é algo paradoxal. Enquanto o debate Walonia/França está aberto e o separatismo flamengo continua as suas peregrinações em Yser, a maioria da sociedade se encontra em uma estabilidade incrível (fr).

partition

L’année passée, il n’y a pour ainsi dire pas eu de gouvernement. Du moins, rien qui soit vraiment ce qu’on peut appeler un « pouvoir public ». Sur la fin de l’année, la majorité des banques du pays se sont retrouvées dans de beaux draps, au point que la plus grande d’entre elles, aux dimensions internationales, finisse dans les bras de l’État de manière providentielle. Aujourd’hui, on se demande même s’il ne serait pas utile de la garder nationalisée (fr).

Tout ça, sans qu’on en voie réellement les effets dans la réalité – en tout cas, ils n’ont pas encore fermé mon compte-épargne. Bien sur, il y a eu quelques montées de prix, et l’activité économique s’est ralentie. Il y a eu des licenciements, et de nombreuses faillites (fr). Mais aucune manifestation contre la vie chère, comme en Guadeloupe. Pas de banqueroute généralisée, comme en Islande. Pas de plan « Buy American », comme aux États-Unis… En janvier, le chômage a même baissé en Wallonie (fr).

D’une certaine manière, il y a un statu quo généralisé. À l’intérieur des communautarismes, quelles que soient les orientations politiques, rien n’est fondamentalement remis en cause. On se déchire sans pouvoir trancher le système en deux parties équitables. Des propositions qui vont dans le sens d’une refondation de la société, du nord comme du sud, on ne retient que la haine de l’autre (fr).

Paradoxal, donc, parce que la stabilité ressemble à s’y méprendre à de l’immobilisme. Depuis des décennies, celui-ci favorise l’apparition d’aparatchiks habiles à manoeuvrer dans le système (fr). La contestation ne pouvant repenser la structure, elle retombe sur son fond de commerce raciste ou violent. En fait, elle ressemble à quelqu’un qui serait coulé dans le béton jusqu’aux hanches.

Certains conflits s’enlisent à mesure que les protagonistes s’appuient l’un sur l’autre. Ils finissent dépendants de cette violence qu’ils combattent (es). En Belgique, ça ressemble plutôt à ces vieux couples qui ne se supportent plus, mais qui n’osent pas mettre leur confort matériel en péril.

Ano passado, podemos dizer que não teve governo. Pelo menos, nada que esteja exatamente o que pode ser chamado de « poder público ». No final do ano, a maioria dos bancos do pais acabaram mal, até o ponto que o maior deles, com dimensões internacionais, teve que recorrer providencialmente aos braços do Estado. Hoje, se perguntam se não seria útil de manter ela nacionalizada (fr).

Tudo isso, sem que se percebe realmente os efeitos na realidade – pelo menos, ainda não fecharam a minha poupança. Claro, os preços subiram, e a atividade econômica está menor. Teve despedidos, e muitas falências (fr). Mas nenhuma manifestação contra a exploração excessiva, como na Guadalupe. Nenhuma falência do Estado, como na Islândia. Nenhuma plano « Buy American », como nos Estados Unidos… Em janeiro, o desemprego até baixou na Walonia (fr).

De algum modo, existe um statu quo generalizado. Dentro os comunitarismos, qualquer que sejam as orientações politicas, nada está fundamentalmente questionado. A gente se enfrenta sem poder separar o sistema em duas partes equitáveis. Das propostas que vão no sentido da refundação da sociedade, no norte como no sul, só se destaca o ódio do outro (fr).

Paradoxal, então, porque a estabilidade parece muito ao imobilismo. Há décadas, isso favorece a ação dos aparatchiks, aptos a manobrar no sistema (fr). Sem poder repensar a estrutura, a contestação volta para o seu velho discurso racista ou violento. Na verdade, ela parece como uma pessoa mergulhada no concreto até o quadril.

Alguns conflitos atolam a medida que os protagonistas se encostam cada um no outro. Acabam dependendo desta violência que combatem (es). Na Bélgica, parece mais como aqueles velhos casais que não se aguentem mais, mas não ousam ariscar o seu conforto material.

Rédigé par synaptique

février 27, 2009 à 8:50

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Arundhati Roy: Slumdog Millionaire

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Français

« On est en train de vendre l’énorme pauvreté d’Inde à la fois dans la littérature et dans le cinéma. Comme ils disent, il y a un maximum d’argent à se faire avec la pauvreté aujourd’hui. Je ne suis pas contre le fait de montrer les bidonvilles, mais les montrer de manière dépolitisée, comme c’est fait dans le film, c’est plutôt malheureux. Les films ne montrent pas les vrais pauvres. Même quand ils sont décrits, ce n’est pas la vraie image. Les vrais pauvres ne se retrouvent pas dans les films parce qu’ils ne sont pas attrayants. La pauvreté vend, pas les pauvres. Le film donne le faux espoir qu’on peut devenir millionnaire un jour. Regarder Slumdog Millionaire, c’est comme rouler à fond sur une autoroute pleine de nids de poules. La trame du film est plutôt hors contexte, et on dirait qu’on a donné l’accent à des personnages sortis tout droit de la périphérie noire de Chicago. »

Português

« A gente esta vendendo toda a pobreza da India, tanto na literatura quanto no cinema. Como dizem, tem muito dinheiro para fazer com a pobreza hoje. Não estou oposta a filmar as favelas, mas as descrever de jeito despolitizado como é feito no filme, é um pouco infeliz. Os filmes não mostram os pobres de verdade. Mesmo quando estão representados, não é uma imagem verdadeira. Os pobres de verdade não aparecem nos filmes porque não são atraentes. A pobreza vende, não os pobres. O filme dá a falsa esperança que todos podemos nos tornar milionários um dia. Assistir Slumdog Millionaire, é como dirigir com alta velocidade em uma alta-estrada esburracada. A história do filme sai do contexto e parece que o sotaque de Harvard foi dado aos personagens que saiem direito da periferia negra de Chicago. »

Times of India – No small talk: Arundhati slams Slumdog (en).

Rédigé par synaptique

février 25, 2009 à 8:14

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Jukebox: Lucidogen

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Rédigé par synaptique

février 21, 2009 à 10:43

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Presque personne ne lit

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Français

Voici un texte écrit par mon ami Hugo. Il connaît mieux que moi la réalité de São Gonçalo, pour la fréquenter depuis longtemps:

L’exercice de la lecture, spécialement de bons auteurs, devrait être plus encouragée dans les maisons et les écoles. Les bibliothèques sont vides. Tout est devenu Internet, avec ses trahisons et ses virus. Acheter des livres, ou même des revues ou des journaux, se trouve à un niveau bien en-dessous de celui des Cds, DVDs et autres jeux de Playstation. On dirait que l’exercice de lire est devenu une chose du passé. Les étudiants ne lisent que les livres proposés à un quelconque bac.

Moi qui écris régulièrement, je peux bien en parler, de l’abandon culturel dans lequel sont jetées les jeunes générations. Ils lisent et ne comprennent rien à ce qu’ils lisent. Ils sont de vrais analphabètes fonctionnels au vocabulaire minimal qui, au lieu de se replier sur le « père des crétins » (expression ancienne pour désigner les dictionnaires), prefèrent râler sur l’écrivain pour n’avoir pas compris le texte et son message. Accomodés qui adorent les plats préparés et la nourriture au kilo.

Ceux qui doivent faire des efforts pour se faire comprendre, ce sont les auteurs de nouvelles, les journalistes. Quant à ceux qui écrivent en diletantes (qualité de celui qui exerce un art par goût et non par obligation), pas du tout préoccupés par leur public, ils se réservent le droit de dire les choses à leur manière, en laissant tomber les subtilités (délicatesses, finesses) de la langue.

Ces reflexions me viennent maintenant, tranquillement installé dans mon recoin d’écriture, je vois mon cigare se consummer et, comme un sablier (instrument constitué de deux vases coniques en verre, qui se communiquent par l’intermédiaire d’un petit orifice, et destiné à mesurer le temps par le passage d’une certaine quantité de sable du vase supérieur au vase inférieur), compter le temps qui passe. Pour cette raison, depuis quelques temps et pour ne pqs déformer mon style, j’ai pris l’habitude d’ajouter après l’emploi d’un mot peu utilisé, une brève explication de sa signification. Que m’excusent, donc, les lecteurs qui ont un bon vocabulaire.

Je sais que, de la même manière que j’apprécie les cigares, de telles attentions pourront passer pour anachroniques (contraire aux coutumes d’une époque), ou pédantes (vaines, prétencieuses). Mais ça ne l’est pas. Il s’agit de la singulière (simple, sincère) conclusion que, de nos jours, presque personne ne lit.

Hugo Carvalho est économiste et chroniqueur.

Português

Copio aqui um texto do meu amigo Hugo. Ele conhece melhor que eu a realidade de São Gonçalo, por ter compartilhado mais tempo com ela:

O exercício da leitura, em especial de bons autores, deveria ser mais incentivado nos lares e nas escolas. As bibliotecas andam vazias. Tudo virou Internet, com suas traições e com seus vírus. Comprar livros, ou mesmo revistas e jornais, está num patamar bem abaixo do comprar CDs, DVDs, jogos do Playstation. Parece que o exercício de ler virou coisa do passado. Estudantes só leem livros propostos nos vestibulares da vida.

Eu, que escrevo regularmente, posso bem testemunhar, o abandono cultural ao qual foram relegadas as gerações mais jovens. Leem e nada entendem do que leram. São verdadeiros analfabetos funcionais de vocabulário reduzidíssimo que, ao invés de recorrerem ao “pai dos burros” (expressão antiga que classificava os dicionários), preferem reclamar do escritor por não haverem compreendido o texto e sua mensagem. Comodistas que adoram os pratos prontos e as comidas a quilo.

Quem deve se esforçar para se fazer entender são os escritores de notícias, os jornalistas. Quanto àqueles que escrevem por diletantismo (qualidade de quem exerce uma arte por gosto e não por ofício ou obrigação), despreocupados com os ibopes da vida, reserva-se o direito de dizerem das coisas ao seu modo, lançando mão das sutilezas (delicadezas, finuras) do nosso idioma pátrio.

Tais reflexões me acorrem agora, enquanto sossegado no meu recanto de escrever, vejo meu charuto desfazendo-se e, como uma ampulheta (instrumento constituído de dois vasos cônicos de vidro, que se comunicam nos vértices por um pequeno orifício, e destinado a medir o tempo pela passagem de certa parte de areia do vaso superior para o vaso inferior), contar o tempo escorrendo. Por tal motivo de uns tempos para cá, para não deformar meu estilo, passei a colocar após o emprego de palavras pouco usuais, uma breve explicação dos seus significados. Que me perdoem, portanto, os leitores com bom domínio vocabular.

Sei que, assim como aprecio charutos, tal cuidado poderá parecer anacrônico (contrário aos usos da época) ou pedante (vaidoso, pretensioso). Mas não é. Trata-se da singela (simples, sincera) conclusão que, hoje em dia, quase ninguém lê.

Hugo Carvalho é economista e cronista.

Rédigé par synaptique

février 18, 2009 à 8:50

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On est ce qu’on mange

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Français

Parlons nourriture. C’est un peu comme si on se remplissait le ventre, mais avec les yeux. De tous les produits qui se sont répandus sur l’Europe à la suite du choc avec les Amériques, il y en a un qui est amusant. C’est le topinambour.

Português

Vamos falar de comida. É um pouco como encher a barriga, com os olhos. De todos os produtos que se espalharam na Europa depois do choque com as Américas, tem que é bem engrassado. É o topinambo.

Amusant? Cette raçine infecte qu’on cultivait pendant la guerre, parce que c’était l’une des rares choses que les Allemands ne réquisitionnaient pas? Vous vous dites sans doute que je ne peux pas être sérieux. Et pourtant, pensez donc. C’est un Français, Samuel de Champlain, qui en a fait la première description, lors de ses voyages au Canada au début du XVIIe siècle. À l’époque, c’étaient les Hurons et les Algonquins qui les cultivaient, sur les rives du Saint-Laurent. Rien de bien drôle jusqu’ici, et je suis bien d’accord.

topinambour

Engrassado? Essa raiz nojente que se cultivava durante a guerra, porque era uma das poucas coisas que os Alemãos não requeriam? Você pensa sem dúvida que eu não posso falar sério. Mas sim, pesna só. Foi um Françês, Samuel de Champlain, que fez a primeira descrição, durante uma das suas viagens no Canadá no início do século XVII. Na época, os tribos Hurões e os Algonquinos os cultivavam, nas margens do Rio São Lourenço. Nada muito divertido até agora, eu concordo.

Ce qui est plus marrant, c’est le nom du topinambour. Il faut y voir, évidemment, celui des Tupinambás, une tribu amérindienne du littoral du Brésil. Mais comment se fait-ce que le nom d’une raçine du Canada attrape le nom d’une tribu du Brésil? Les théories habituelles soutiennent qu’à l’époque où les premières raçines arrivèrent à Paris, il y avait là, justement et comme par hasard, une tribu de Tupinambás, ramenés eux-aussi du Nouveau Monde par un autre explorateur. Deux curiosités venues de « nouvelles terres » au même moment, c’en fut trop pour l’imagination des Français, qui firent l’amalgame entre la raçine et la tribu.

On peut tout de même se poser la question. Était-ce vraiment dur à ce point de faire la différence entre une raçine et une tribu, au point de les appeler de la même façon? Si c’est le cas, pourquoi est-ce le seul exemple d’une telle confusion? Pour creuser un peu plus, prenons le cas de la plante cousine du topinambour (Helianthus tuberosus), le tournesol (Helianthus annuus). On sait qu’elle vient d’Amérique Centrale, d’où elle s’est répandue autant au nord, vers les cultures du Mississipi, qu’au sud, chez les Incas. C’est d’ailleurs chez ceux-ci que Pizarro s’en empara, comme d’ailleurs de tout l’Empire.

Malgré la prétendue primitivité des peuples d’Amérique à l’époque où les glorieux explorateurs de leurs Majestés les ont rencontrés, peut-on imaginer que la plante se soit répandue du nord au sud? Et qu’au moment où les Tupinambás arrivèrent à Paris, ils en connaissaient déjà la culture? C’est une pure hypothèse évidemment, qui sera compliquée à prouver. Mais d’autres plantes ont fait le même chemin: la tomate est originaire de la région du Pérou, mais son nom vient du Nahuatl, un dialecte aztèque. Colomb, Magellan puis Cartier ont rencontré du maïs dans leurs trois régions respectives (au milieu, au sud et au nord).

Bref, cette proposition d’origine pour le nom du topinambour a peu de preuves concrètes. Mais elle relève le niveau des Français de l’époque, les seuls inacapables sans cela de faire la différence entre une raçine et un Indien.

Algo mais engrassado, é o nome do tupinambo. Tem que ver, claro, o nome dos Tupinambás, o tribo indígena do litoral do Brasil. Mas como é que o nome de uma raiz do Canadá pegou o nome de um tribo do Brasil? As teorias habituais sustentam que, na época em que as raizes chegaram em Paris, já tinha, por outro lado e por acaso, um tribo de Tupinambás, também trazidos do Novo Mundo por algum outro explorador. Duas curiosidades das « terras novas » no mesmo momento, foi de mais para a imaginação dos Françeses, que fizeram a amálgama entre a raiz e o tribo.

Agora podemos perguntar. Foi tão difícil assim fazer a diferença entre uma raiz e um tribo, ao ponto de chamar com o mesmo nome? Se for assim, porque será o único exemplo? Para cavar um pouco mais, tomamos o caso da planta-prima do topinambo (Helianthus tuberosus), o girassol (Helianthus annuus). Sabemos que vem da América Central, de onde se espalhou tanto ao norte, para as culturas do Mississipi, quanto ao sul, nos Incas. É mesmo nesses últimos que Pizarro o encontrou, junto com a coroa do Império.

Embora a pretendida primitividade dos povos da América na época em que os gloriosos exploradores das suas Majestades os encontraram, podemos imaginar que a planta se espalhou do norte ao sul? E que na hora em que os Tupinambás chegaram em Paris, eles já conheciam o cultivo? É pura hipotese, claro, que será complicada a comprovar. Mas outras plantas fizeram também o caminho: o tomate é originário da região do Peru, mas o seu nome vem do Nahuatl, uma lingua azteca. Colombo, Magalhães e Cartier encontraram milho nas suas respetivas regiões (no centro, no sul e no norte).

Então, essa proposta de origem do nome do topinambo tem poucas provas. Mas ela eleva o nível do Françeses da época, os únicos incapazes, sem isso, de fazer a diferença entre uma raiz e um Indio.

Rédigé par synaptique

février 16, 2009 à 5:47

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Unger, Lander et Bolívar: le coeur de l’intégration sud américaine

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Français

Pour continuer sur le sujet du continent sud américain, voici un extrait d’une interview de Roberto Mangabeira Unger, Ministre des Affaires Stratégiques brésilien, publiée dans El Pais:

« Au projet d’union sud-américaine, il manque un coeur, un cerveau. Ce n’est que squelette, structure, il n’a pas d’esprit. L’UE avait deux prémices: être un projet de paix perpétuelle, pour mettre fin au siècle des guerres européennes, et être un grand espace de modèle d’organisation sociale et économique différente du modèle américain. Nous n’avons pas encore construit en Amérique du Sud un contrepartie à cela; on parle de commerce, d’intégration énergétique et logistique, mais on n’aborde pas le plus important: quel est ce nouveau projet, quel est notre chemin dans le monde. Je crois que l’affirmation de ce modèle ou de cette trajectoire au Brésil, de loin le pays le plus prépondérant en Amérique du Sud, pourra donner un coeur, un cerveau, au projet d’union sud-américaine. » (original en es)

Un second extrait; plus ancien, du sociologue vénézuélien Edgardo Langer :

« Il n’y a rien dans l’idée d’intégration en soit que nous puissions considérer comme favorable pour le futur des peuples du continent. Il ne suffit pas que l’intégration soit latino-américaine ou sud-américaine pour qu’elle corresponde aux intérêts de ces peuples. Tout dépend du modèle d’intégration en question. Qui l’impulse, pourquoi, pour qui, en fonction de quels intérêts et de quelles valeurs le dessine-t-on? » (fr)

Edgardo Lander explique encore que la logique de croissance actuelle s’est basée sur les exportations, et l’insertion dans l’économie globale, sous la pression des États-Unis et de l’Union Européenne. Comme chez Unger, on trouve donc un modèle fondamentalement anti-capitaliste. Dans leur interprétation, l’Amérique du Sud se situe aujourd’hui par rapport aux États-Unis à la même place qu’elle s’est située face à l’Espagne à l’époque de Simón Bolívar:

« Les Américains, dans le système espagnol en vigueur, et peut-être avec plus de force que jamais, n’occupent pas d’autre place dans la société que celle de serfs à peine bons pour le travail, et tout au plus celui de consommateur. » (original en es)

C’est pourtant face à ce constat que se joue toute la portée d’un projet d’intégration sud-américaine. Celui de Simón Bolívar, aussi judicieux qu’il ait été à son époque, a été absorbé par la Doctrine Monroe au début des années 1920 – un siècle plus tard. C’est-à-dire, la réapparition d’un nouveau système dans lequel le continent a retrouvé une place de simple producteur de matières premières, et de consommateur de produits importés. Bolívar lui-même, dans sa Carte de Jamaïque, parlait de la difficulté de maintenir un système en équilibre, sans qu’il ne plonge dans l’absolutisme.

Pas plus qu’au XIXe siècle sans doute, le coeur du projet actuel d’intégration sud-américaine n’est à chercher ni à Madrid, Lisbonne ou Washington, ni chez Obama, Chavez ou Lula. L’hypothèse du « roi bénévole » rejoint celle du « bon sauvage » dans les archives de l’angélisme. Un modèle d’organisation sociale, tel que l’annonce Unger, peut-il se construire sous l’instruction d’un maître? L’Union Européeenne montre qu’une telle structure ne peut apparaître sans l’appropriation de leur propre histoire par les communautés locales – une expérience qu’on retrouve dans les villes franches médiévales ou dans la lutte pour le suffrage universel.

Où est le coeur du projet, alors? En Amérique du Sud, évidemment, partout. C’est aux gens de le dire, à eux de pouvoir le dire, pour la première fois.

Português

Para levar adiante o assunto do continente sul americano, aqui está um trecho de uma entrevista com Roberto Mangabeira Unger, Ministro dos Assuntos Estrategicos brasileiro, publicada em El Pais:

« Ao projeto de união sul americana, falta um coração, um cerebro. É apenas esqueleto, estrutura, não tem espirito. A União Européia teve duas propostas: ser um projeto de paz perpetua, para por fim ao século das guerras européias, e ser um grande espaço de um modelo de organização social e economica diferente do modelo dos Estados Unidos. Nos não construimos ainda na América do Sul uma contrapartida para isso, tratamos de comercio, de integração energética e logística, mas não tratamos do mais importante: qual é o nosso projeto, qual é o nosso caminho no mundo. Eu acho que a afirmação deste modelo, desta trajetória, no Brasil, que é, de longe, o pais o mais preponderante da América do Sul, permitiria dar um coração, um cerebro, ao projeto de união sul americana. » (original em es)

Un outro trecho, mais antigo, é do sociologo venezuelano Edgardo Langer:

« Não tem nada na idéia de integração em si que podemos considerar como favorável para o futuro dos povos do continente. Não basta a integração ser latino-americana ou sul americana para traduzir os interesses destes povos. Todo depende do modelo de integração. Quem o impulsione, porque, para quem, segundo quais interesses e quais valores está elaborado? » (fr)

Edgardo Lander ainda explica que a logica de crescimento atual se baseiou nas exportações, e na inserção dentro da economia local, sobre pressão dos Estados Unidos e da União Européia. Tanto ele quanto Unger, tem na mente um modelo fundamentalmente anti-capitalista. Na interpretação deles, a America do Sul se encontra hoje em relação aos Estados Unidos no mesmo lugar que ela se encontrava em relação à Espanha na época de Simón Bolívar:

« Os americanos, no sistema espanhol que está em vigor, sequer com maior força que nunca, não ocupam outro lugar na sociedade que aquele de servos própios para o trabalho, e quando mais o de simples consumidores. » (original em es)

É bem em frente a essa declaração que se caracterize todo o potencial de um projeto de integração sul americano. O projeto de Simón Bolívar, embora judicioso na época dele, foi absorvido pela Doutrina Monroe no inicio dos anos 1920 – um século mais tarde. Ou seja, o reaparecimento de um novo sistema no qual o continente reencontrou o seu papel de simples produtor de matéria prima, e de consumidor de produtos importados. O mesmo Bolívar, na sua Carta de Jamaíca, falava da dificuldade de manter um sistema em equilibro, sem mergulhar no absolutismo.

Nada mais que no século XIX, deve se procurar o coração do atual projeto de integração sul americana nem em Madri, Lisboa ou Washington, nem em Obama, Chavez ou Lula. A hipotese do « rei benevolente » se junta a do « bom selvagem » nos arquivos do anjelismo. Um modelo de organização social, tal como o anuncia Unger, pode se construir sobre a direção de um mestre? A União Euopéia mostra que tal estrutura não pode aparecer sem a apropriação da sua própria história pelas comunidades locais – uma experiência que encontramos nas cidades francas da Idade Média ou na luta pelo sufragio universal.

Onde está o coração do projeto então? Na America do Sul, claro, em todos os lugares. São as pessoas que tem que dizer, elas que devem poder dizer, pela primeira vez.

Rédigé par synaptique

février 12, 2009 à 6:41

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Guns, Germs and Steel

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Des flingues, des virus et du métal. Voilà qui résume admirablement les éléments constitutifs de la trajectoire dominatrice de l’Occident sur le monde. Ou du moins, si l’on en croit Jared Diamond, ses causes de proximité. Dans son livre « Guns, Germs and Steel. The Fates of Human Societies », il examine ce qui a mené à leur apparition conjointe dans cette partie du monde, et tente de répondre à la question des différents stades de développements des sociétés humaines.

Português

Fuzis, viruses e metal. Eis que resume admiravelmente os elementos constituindo o caminho dominador do Occidente sobre o mundo. Ou pelo menos, se pensamos como Jared Diamond, as suas causas próximas. No seu livro « Guns, Germs and Steel. The Fates of Human Societies », ele examina o que levou ao seu aparecimento conjunto nesta parte do mundo, e tenta responder à pergunta sobre os diversos estádios de desenvolvimento nas sociedades humanas.

Au lieu de se réfugier dans les théories suprémacistes, Diamond cherche à remonter aux origines du développement technologique, là-bas bien loin, à la veille du néolithique. À l’époque où les premières graines ont été plantées, les premiers animaux domestiqués et les premiers minerais fondus. Tout au long des pages, on comprend mieux ce qui apparaît finalement comme une évidence, mais qu’on a trop de facilité à oublier: rien n’a jamais été distribué équitablement, et si les Aztèques n’ont jamais utilisé la roue pour transporter des marchandises, c’est juste parce que tous les grands mammifères du continent américain avaient disparu à la fin de la glaciation du Wisconsin, autour de 10.000 BCE.

coverforgunsgermssteel

Em vez de se esconder atrás das teorias supermacistas, Diamond procupar voltar para os origens do desenvolvimento tecnológico, por aí bem longe, às vesperas do neolítico. Na época em que as primeiras sementes estavam plantadas, os primeiros animais domesticados e os primeiro mineiros fundidos. Ao longo das páginas, podemos entender melhor o que, finalmente, aparece como uma evidência, mas que temos costuma de esquecer: nada nunca foi distribuido equitavelmente, e se os Aztecos nunca usaram da roda para carregar mercadorias, é apenas porque todos os grandes mamíferos do continente americano foram extinctos no final da glaciação do Winsconsin, por volta de 10.000 BCE.

Dans cette interprétation, c’est donc l’environnement qui est au coeur de l’histoire, et qui ouvre les portes aux développement humain. C’est uniquement à partir des disponibilités du milieu naturel que les sociétés ont, plus ou moins rapidement, élaboré des formes de plus en plus complexes d’organisation. Rien à voir donc avec des facultés intellectuelles, une élection divine ou la pureté d’une quelconque race.

Et ça me fait penser à autre chose. Le système politique démocratique qui est apparu en Occident s’est construit sur toute une série de fondements loin d’être intellectuels ou de haute morale: un système agraire diversifié, des routes de commerces, des contacts fréquents avec les sociétés voisines pour l’échange de technologies… Au fur et à mesure de leur développement, ce sont ces élements qui ont permis de générer des institutions compliquées, et non l’inverse. Imposer celles-ci comme modèle de « bonne gouvernance » se révèle une politique virtuelle, ou de façade, puisque la société qui y vit ne dispose pas elle-même des ressources, ou des structures nécessaires à son fonctionnement. Dans un tel contexte, la démocratie ne prend son sens que si elle s’intègre dans la structure globale, dans ses réseaux et ses routes de commerces. Pilotée de l’extérieur, elle perd tout autre sens que celui du néocolonialisme.

L’intérêt du livre de Jared Diamond est de mettre en lumière une réalité qu’on met trop vite de côté, parce qu’elle n’a rien de reluisant. Point de hauts faits moraux, d’épopée civilisatrice ou de geste messianique: juste quelques grains de riz qui poussent mieux ici que là.

Com esta interpretação, o meio ambiente está no coração da história e abre as portas do desenvolvimento humano. Partindo das disponibilidades do meio natural, as sociedades elaboraram, com mais ou menos velocidade, formas cada vez mais complicadas de organização. Nada então de faculdades inteletuais, de eleição divina ou de pureza de alguma raça.

E isso me leva a pensar algo. O sistema politico democratico que apareceu no Ocidente, se construiu sobre uma serie de fundamentos longe de serem inteletuais ou de alta moral: um sistema agrário diversificado, rotas de comercio, contatos frequentes com outras sociedades, para trocar tecnologia… Ao longo do tempo, são estes elementos que permitiram de criar instituições complicadas, e não o inverso. Impor elas como modelo de « boa governança » aparece como uma politica virtual, de façada, já que a sociedade que vive nelas não dispoe dos recursos ou das estruturas necessários ao seu funcionamento. Em um contexto desse, a democracia só tem sentido se ela se integra na estrutura global, nas suas redes e rotas de comercio. Pilotada de fora, ela perde toda significação, outra que o neocolonialismo.

O interesse do livro de Jared Diamond é de esclarecer uma realidade que deixamos rapidamente de lado, porque não tem nada de valorisante. Nenhuma linda conduta moral, epopéia civilizadora ou gesta messianica: apenas alguns grãos de arroz que crescem melhor aqui do que alí.

Rédigé par synaptique

février 7, 2009 à 4:26

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Le Forum Social Mondial 2009

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Français

Le mouvement altermondialiste est sous pression bolivarienne, alors que le grand opéra du nouvel ordre mondial se transforme lentement en douteuse cacophonie. D’après Bertrand Cassen, Chavez pose un gros défis en mettant le mouvement dos au mur: sa politique intègre les propositions des Forums Sociaux, et il pose directement la question de leur identité politique (pt).

Citée en exemple, l’ALBA (Alternativa Bolivariana para los Pueblos de nuestra America) intègre les mouvements sociaux de ses pays membres (ainsi que d’autres) dans une institution socio-économique internationale, le Conseil des Organisations Sociales. L’inclusion de celles-ci dans le champs institutionnel constitue réellement une nouveauté: en Europe, elles apparaissent au mieux sous le terme de partenaires sociaux.

Emir Sader en conclut: « Le dilemme essentiel du Forum est celui de savoir s’il faut s’en tenir à l’échange d’expériences tous les ans ou tous les deux ans, ou bien s’il faut avancer vers la construction d’alternatives » (pt).

Mais au fond c’est quoi, la construction d’alternatives? En prenant les mots au pied de la lettre, il s’agit de mettre en place de nouvelles possibilités, de lancer des ponts, d’ouvrir des portes… Bref, offrir de nouvelles chances à la société. Mais alors, vient la question: est-ce vraiment au FSM que les alternatives sont construites?

Les acteurs sociaux, d’où qu’ils soient, ne travaillent pas une fois par an, ou une fois tous les deux ans, dans une seule ville de la planète – si belle soit-elle. S’il faut transformer le Forum en organe institutionnel, encore faut-il se demander de quel système il participera? Celui de la Révolution Bolivarienne? Que dire alors aux gens de Bamako, Nairobi et Mumbai, qui ont eux aussi organisé le Forum? Doivent-ils intégrer le Conseil des Organisations Sociales de l’ALBA? Le danger, c’est de de faire du FSM un bras de la Révolution Bolivarienne quand, au contraire, c’est cette dernière qui devrait se reconnaître de l’altermondialisme.

Português

O movimento altermundialista esta sobre pressão bolivariana, enquanto a grande opera da nova ordem mundial se transforma devagar em duvidosa cacofonia. Segundo Bertrand Cassen, Chavez propõe um grande desafio, colocando o movimento contra o muro: a sua politica integra propostas dos Foruns Sociais, e pergunta diretamente sobre a identidade politica (pt).

Colocada em exemplo, a ALBA (Alternativa Bolivariana para los Pueblos de nuestra America) integra os movimentos sociais dos paises membros (assim como de outros paises) em uma instituição socio-economica internacional, o Conselho das Organizações Sociais. A inclusão no campo institucional é realmente uma novidade: na Europa, aparecem no melhor caso com o nome de parceiros sociais.

Emir Sader conclui: « É um dilema essencial do fórum a decisão de permanecer na intranscendência do intercâmbio de experiências a cada ano ou dois anos ou avançar na construção de alternativas » (pt).

Mas afinal, o que é, a construção de alternativas? Pegando as palavras ao pé da letra, se trata de por novas possibilidades, fazer pontes, abrir portas… Emfim, oferecer novas chances a sociedade. Mas então vem a questão: sera que é mesmo no FSM que as alternativas são construitas?

Os atores sociais, de onde quer que sejam, não trabalham uma vez por ano, ou uma vez cada dois anos, em alguma cidade do planeta – tão linda seja ela. Se precisa transformar o Forum em orgão institucional, ainda tem que saber de que sistema ele vai participar? Da Revolução Bolivariana? O que dizer para o povo de Bamako, Nairobi ou Mumbai, que também organizaram o Forum? Deveriam integrar o Conselho das Organizações Sociais da ALBA? O perigo, é fazer do FSM um braço da Reolução Bolivariana quando, ao contrario, é ela que deveria se reconhecer do altermundialismo.

zapatista

Au contraire encore, la Révolution Zapatiste propose, sous les mots de John Holloway, de changer le monde sans prendre le pouvoir (en). A l’image de l’Amérique du Sud, tous les continents regorgent de mouvements contestataires, qui cherchent à rendre un autre monde possible. Se réduire à l’un d’entre eux, voilà ce qui va enterrer le Forum Social Mondial.

Ao contrario ainda, a Revolução Zapatista propõe, sobre as palavras de John holloway, de mudar o mundo sem tomar o poder (en). Como na America do Sul, todos os continentes são repletos de movimentos de contestação, que procuram fazer um outro mundo possivel. Se reduzir a um deles, é que vai enterrar o Forum Social Mundial.

Rédigé par synaptique

février 3, 2009 à 12:28

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