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Le monde est un grand bac à légumes.

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Un problème de maille

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Français

Il y a huit éoliennes dans un champs derrière la maison. Malgré les hauts cris du voisinnage avant leur installation, elles ne font pas de bruit. À vrai dire, on ne les entend jamais, au contraire de l’autoroute qui passe juste derrière. La plupart du temps, elles se contentent d’éclairer la nuit étoilée avec leurs diodes. Et quand en plus il y a du vent, les pâles apparaissent par intervale dans une douce lueur rougeâtre. D’autres fois, le brouillard forme une vraie purée de poix. Elles disparaissent alors et ne montrent que leur pilier, comme la patte géante d’un insecte métallique.

Un moulin à vent, ou une éolienne, ça a quelque chose de primitif. D’abord, parce que c’est un contact intensif mais peu compris avec la nature. Les masses d’air se déplacent avec une logique incompréhensible, quoi qu’en dise la météo, et on trouve à peine le moyen d’en retirer un petit bénéfice. Aucun ordinateur n’est capable de synthétiser les courants et d’en calculer les prochaines orientations. On récolte à peine ce qui ne nous file pas entre les doigts. Ensuite, parce que c’est une structure de petite taille. Impossible d’éclairer une ville avec une  seule éolienne. Impossible d’alimenter l’industrie lourde. Une éolienne, ça éclaire à peine quelques maisons. Un moulin, ça suffisait pour la farine d’un village.

À moins de planter des champs d’éoliennes à la mode californienne, comme s’il s’agissait du lac artificiel d’un barrage, on ne peut plus penser l’énergie de la même manière. C’est d’ailleurs un peu pareil avec internet: les sources d’informations se décuplent en s’interliant. Plus possible pour un État ou une entreprise de s’emparer des réseaux. Plus possible de ne fournir qu’une seule source d’information.

Dans un réseau, c’est la maille qui importe, pas la taille.

Português

Tem oito eólicas em um campo atrás da casa. Embora a  vizinhança fez altos gritos antes da instalação, não fazem barulho. Para contar a verdade, a gente nunca as ouve, ao contrário da alta-estrada que passa logo depois. Na maior parte do tempo, apenas esclarecem a noite estrelada com os seus diodos. E quanto mais tem vento, as asas aparecem por intervalo em uma doce luz avermelhada. Outras vezes, a neblina forma um verdadeiro pirão. Desaparecem então, e mostram apenas o pé, como a pata de um insecto metalico gigante.

Um moinho de vento, ou uma eólica, tem algo primitivo. Primeiro, porque se trata de um contato intensivo, mas pouco compreendido, com a natureza. Massas de ar se dislocam com uma lógica desconhecida – a moça do tempo falaria o contrário – e encontramos apenas o meio de retirar um pequeno lucro. Nenhum computador é capaz de sintetizar as corentes e calcular as suas orientações futuras. Apenas colhemos o que não nos fila entre os dedos. Segundo, porque é uma estrutura de pequeno porte. Impossível iluminar uma cidade com uma só eólica. Impossível alimentar uma industria pesada. Ume eólica ilumina apenas umas casas. Um moinho, bastava para a farinha da aldeia.

A menos de plantar um campo de eólicas na moda californiana, como se fosse o lago artifical de uma baragem, não podemos mais pensar a energia do mesmo modo. E é um pouco a mesma coisa com internet: as fontes de informação se multiplicam interligando-se. Não é mais possível um Estado ou uma empresa tomar as redes. Não é mais possível fornecer apenas uma fonte de informação.

Em uma rede, é a malha que importa, não o tamanho.

Rédigé par synaptique

mars 2, 2009 à 9:57

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Comme un vieux couple qui se déteste

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Français

La Belgique, c’est quelque chose de paradoxal. Alors que le débat Wallonie/France est ouvert, et que le séparatisme flamand continue ses pélerinages de l’Yser, l’ensemble de la société est d’une stabilité déconcertante (fr).

Português

A Bélgica é algo paradoxal. Enquanto o debate Walonia/França está aberto e o separatismo flamengo continua as suas peregrinações em Yser, a maioria da sociedade se encontra em uma estabilidade incrível (fr).

partition

L’année passée, il n’y a pour ainsi dire pas eu de gouvernement. Du moins, rien qui soit vraiment ce qu’on peut appeler un « pouvoir public ». Sur la fin de l’année, la majorité des banques du pays se sont retrouvées dans de beaux draps, au point que la plus grande d’entre elles, aux dimensions internationales, finisse dans les bras de l’État de manière providentielle. Aujourd’hui, on se demande même s’il ne serait pas utile de la garder nationalisée (fr).

Tout ça, sans qu’on en voie réellement les effets dans la réalité – en tout cas, ils n’ont pas encore fermé mon compte-épargne. Bien sur, il y a eu quelques montées de prix, et l’activité économique s’est ralentie. Il y a eu des licenciements, et de nombreuses faillites (fr). Mais aucune manifestation contre la vie chère, comme en Guadeloupe. Pas de banqueroute généralisée, comme en Islande. Pas de plan « Buy American », comme aux États-Unis… En janvier, le chômage a même baissé en Wallonie (fr).

D’une certaine manière, il y a un statu quo généralisé. À l’intérieur des communautarismes, quelles que soient les orientations politiques, rien n’est fondamentalement remis en cause. On se déchire sans pouvoir trancher le système en deux parties équitables. Des propositions qui vont dans le sens d’une refondation de la société, du nord comme du sud, on ne retient que la haine de l’autre (fr).

Paradoxal, donc, parce que la stabilité ressemble à s’y méprendre à de l’immobilisme. Depuis des décennies, celui-ci favorise l’apparition d’aparatchiks habiles à manoeuvrer dans le système (fr). La contestation ne pouvant repenser la structure, elle retombe sur son fond de commerce raciste ou violent. En fait, elle ressemble à quelqu’un qui serait coulé dans le béton jusqu’aux hanches.

Certains conflits s’enlisent à mesure que les protagonistes s’appuient l’un sur l’autre. Ils finissent dépendants de cette violence qu’ils combattent (es). En Belgique, ça ressemble plutôt à ces vieux couples qui ne se supportent plus, mais qui n’osent pas mettre leur confort matériel en péril.

Ano passado, podemos dizer que não teve governo. Pelo menos, nada que esteja exatamente o que pode ser chamado de « poder público ». No final do ano, a maioria dos bancos do pais acabaram mal, até o ponto que o maior deles, com dimensões internacionais, teve que recorrer providencialmente aos braços do Estado. Hoje, se perguntam se não seria útil de manter ela nacionalizada (fr).

Tudo isso, sem que se percebe realmente os efeitos na realidade – pelo menos, ainda não fecharam a minha poupança. Claro, os preços subiram, e a atividade econômica está menor. Teve despedidos, e muitas falências (fr). Mas nenhuma manifestação contra a exploração excessiva, como na Guadalupe. Nenhuma falência do Estado, como na Islândia. Nenhuma plano « Buy American », como nos Estados Unidos… Em janeiro, o desemprego até baixou na Walonia (fr).

De algum modo, existe um statu quo generalizado. Dentro os comunitarismos, qualquer que sejam as orientações politicas, nada está fundamentalmente questionado. A gente se enfrenta sem poder separar o sistema em duas partes equitáveis. Das propostas que vão no sentido da refundação da sociedade, no norte como no sul, só se destaca o ódio do outro (fr).

Paradoxal, então, porque a estabilidade parece muito ao imobilismo. Há décadas, isso favorece a ação dos aparatchiks, aptos a manobrar no sistema (fr). Sem poder repensar a estrutura, a contestação volta para o seu velho discurso racista ou violento. Na verdade, ela parece como uma pessoa mergulhada no concreto até o quadril.

Alguns conflitos atolam a medida que os protagonistas se encostam cada um no outro. Acabam dependendo desta violência que combatem (es). Na Bélgica, parece mais como aqueles velhos casais que não se aguentem mais, mas não ousam ariscar o seu conforto material.

Rédigé par synaptique

février 27, 2009 à 8:50

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Ainsi en emporte la crise…

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Français

Le premier gouvernement a chuter à cause de la crise financière est belge. Évidemment, tout s’est joué par l’intermédiaire de Fortis, la plus grosse banque du pays (ex-Générale de Banque, rachetée en 1998), elle-même clouée par le rachat d’ABN Amro plus tôt dans l’année, en partenariat avec la Royal Bank of Scotland et Santander. Il faut noter que la RBS elle-même est en difficultés ().

Il faut reconnaître que dans le cas belge, Fortis n’a servi que de détente à la chute du gouvernement, qui était déjà en situation difficile depuis les précédentes élections, en 2007 (le Premier Ministre Leterme avait déjà présenté plusieurs fois sa démission). La crise financière n’a pas eu un rôle central, mais elle a bel et bien servi de tranchant.

Je proposerai donc l’analogie du troupeau de gnous dans la savane africaine. Lorsqu’une lionne – ou un groupe de lionnes, car elles attaquent souvent en groupes – décide de s’en prendre à des gnous, elle ne le fait pas aveuglément. Elle s’avance subrepticement, se cache dans les hautes herbes si typiques du biome tropical sec africain, et observe la situation pendant de longues minutes. Quand elle se décide, c’est qu’elle a choisi sa victime. Or, qu’observe-t-on? S’en prend-elle aux jeunes mâles vigoureux, dans la fleur de l’âge? Non, elle s’attaque aux gnous qui, pour une raison ou pour une autre, ont une patte cassée, une mauvaise digestion (pas trop quand même) voire simplement un âge trop avancé (pas trop non plus, sinon la viande est trop dure).

D’une certaine façon, c’est exactement ce qui s’est passé entre la crise et la Belgique, à la seule différence que la première ne s’est pas cachée dans les fourrés. La Belgique était affaiblie par son instabilité politique, et elle est entrée dans la tourmente à la suite de Fortis. Comme la crise est carnacière, elle n’a fait qu’une bouchée du gouvernement de Monsieur Leterme.

Português

O primeiro governo que colapsou por causa da crise financeira é belga. Naturalmente, tudo isso aconteceu por intermediario de Fortis, o maior banco do pais que secou depois da compra da ABN Amro en conjunto com a Royal Bank of Scotland e Santander. Nota-se que o primeiro também está em dificuldades.

Preciso admitir que no caso belga, Fortis serviu apenas de gatilho para a queda do governo, que se encontrava em situação precária desde as ultimas eleições, em 2007 (o Primeiro Ministro Leterme já tinha apresentado o seu pedido de demissão varias vezes). A crise financeira não teve o papel central, mas foi bem ela que serviu para cortar a última corda.

Vou propôr aqui uma analogia com o bando de gnus na savana africana. Quando uma leoa – ou um grupo de leoas, porque muitas vezes, elas atacam em grupo – decide de se voltar para uns gnus, ela não o faz cegamente. Avança devagar, esconde-se naquele capim alto típico do bioma tropical seco africano, e olha para a situação durante longos minutos. Quando ela ataca, é porque já escolheu a vítima. Então o que vemos? Será que escolheu os jovens machos vigorosos, no auge da vida? Não, escolheu os gnus que, por uma razão ou outra, tem uma pata quebrada, uma má digestão (mas não má de mais), ou simplesmente estão velhos (também não de mais, a carne fica dura).

De um certo modo, é exatamente isso que aconteceu entre a crise e a Bélgica, com a única diferença que a primeira não se esconde nas ervas altas. A Bélgica se encontrava enfraquecida pela sua instabilidade política, e ficou ainda mais atormentada com os problemas da Fortis. Já que a crise é carnívora, engolhiu de uma vez só o governo do Seu Letermo.

Rédigé par synaptique

décembre 21, 2008 à 7:25

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C’est la crise en Belgique

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Le mois passé, j’ai donné um cours sur la révolution belge dans une université à Salvador. Pour agrémenter la chose, j’ai décidé d’aborder le sujet sous l’angle du système-monde de Wallerstein. Mettre en perspective la révolution et la crise actuelle est un défi, et parce que les deux évènements semblent se situer à l’exact opposé l’un de l’autre. Après tout, la Belgique a été fondée sous la révolution, et elle semble sur le point d’exploser aujourd’hui.

L’idée que j’ai défendue est qu’il n’y a, au fond, aucune opposition entre la révolution belge et les menaces séparatistes d’aujourd’hui. Pourquoi ? Disons que le territoire que recouvre le Benelux n’a jamais cessé d’être composé d’une mosaïque d’ethnies plus ou moins indépendantes ou autonomes. Plus ou moins, car l’équilibre sur lequel elles se sont basées pour former telle ou telle structure politique n’a jamais été coulé dans le béton.

Autrement dit, la question n’est pas de savoir comment il se fait que la Belgique puisse exploser, mais bien de découvrir quelles sont les éléments qui ont poussé ces différents groupes à s’associer dans l’État belge – et qui les poussent aujourd’hui à s’associer sous une autre combinaison de forces. En effet, on comprend souvent le terme « Belgique » sous son acception moderne d’État-Nation indivisible, alors qu’il recouvre une réalité beaucoup plus nuancée. Parmi ces nuances, on relèvera autant les tribus et cités gallo-romaines que les entités féodales, qui donnèrent à leur tour naissance aux Provinces-Unies (oublions les Espagnols et autres Français un moment).

La perspective du système-monde de Wallerstein offre un filtre intéressant pour comprendre les forces qui contribué à pousser les tribus belges vers l’État belge. À ce niveau,  les XVII Provinces apparaissent comme une étape fondamentale, y compris dans la formation d’une économie-monde qui se concentre sur la Hollande et l’Angleterre aux XVIe et XVIIe siècles, et dans laquelle les premières compagnies d’envergure globale se répartissent le commerce.

Quand on se rapproche de la phase actuelle, c’est la dérégulation de l’économie-monde dans les années 70 qui apparaît comme un trait marquant qui ouvre de nouvelles portes aux vélléités de séparatisme, puisque le contrôle de l’économie sort du giron de l’État pour s’installer dans les compagnies et au coeur des relations qu’elles entretiennent entre elles. À partir de ce moment, les différentes ethnies se sont donc retrouvées face à un nouveau moyen, matériellement parlant, de subvenir à leurs propres besoins. C’est d’ailleurs le cas d’autres mouvements dans l’ensemble de l’Europe (voir la carte).

Pourquoi parle-t-on de séparatisme flamand, alors, et pas de séparatisme anversois ou limbourgeois ? L’analyse du système-monde ne permet pas d’oublier le contexte culturel, et dans ce cas-ci, la lutte linguistique pour la reconnaissance du flamand comme langue officielle. On pourra tout de même ire ce que propose Steve Stijvaert, Gouverneur du Limbourg belge, concernant l’unification des deux provinces, belge et hollandaise.

Vu sous cet angle, ce qui laisse un goût amer dans le mouvement “séparatiste”, c’est son caractère raciste. L’influence de l’idéologie d’extrême-droite est ancrée dans le contexte récent des relations communautaires, au moins depuis la naissance du Vlaams Blok à la fin des années 70. Et dans ce sens, il s’agit sûrement là du plus gros problème à traiter en cas de réelle partition du pays. Pour le reste, c’est inscrit quelque part dans notre culture d’arriver à un compromis – tôt ou tard.

Rédigé par synaptique

septembre 26, 2008 à 10:21

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