Posts Tagged ‘bibliothèque’
Cyberpensée unique
|
(fr) Un petit passage tiré du livre Le Problème de Turing, de H. Harrison et M. Minsky (J’ai Lu, 1994). Google Chrome intègre une technologie comparable, et les feeds RSS des blogs sont un autre grand pas. Mais dans le fond, qu’est-ce qu’on trouve? |
![]() |
(pt) Um pequeno trecho do livro The Turing Option, por H. Harrison e M. Minsky (1992). Google Chrome integra uma tecnologia similar, e uma outro passo é feito com os feeds RSS dos blogs. Mas no final, o que encontramos? |
|||
|
|
||||
Guns, Germs and Steel
|
Français Des flingues, des virus et du métal. Voilà qui résume admirablement les éléments constitutifs de la trajectoire dominatrice de l’Occident sur le monde. Ou du moins, si l’on en croit Jared Diamond, ses causes de proximité. Dans son livre « Guns, Germs and Steel. The Fates of Human Societies », il examine ce qui a mené à leur apparition conjointe dans cette partie du monde, et tente de répondre à la question des différents stades de développements des sociétés humaines. |
Português Fuzis, viruses e metal. Eis que resume admiravelmente os elementos constituindo o caminho dominador do Occidente sobre o mundo. Ou pelo menos, se pensamos como Jared Diamond, as suas causas próximas. No seu livro « Guns, Germs and Steel. The Fates of Human Societies », ele examina o que levou ao seu aparecimento conjunto nesta parte do mundo, e tenta responder à pergunta sobre os diversos estádios de desenvolvimento nas sociedades humanas. |
||||
|
Au lieu de se réfugier dans les théories suprémacistes, Diamond cherche à remonter aux origines du développement technologique, là-bas bien loin, à la veille du néolithique. À l’époque où les premières graines ont été plantées, les premiers animaux domestiqués et les premiers minerais fondus. Tout au long des pages, on comprend mieux ce qui apparaît finalement comme une évidence, mais qu’on a trop de facilité à oublier: rien n’a jamais été distribué équitablement, et si les Aztèques n’ont jamais utilisé la roue pour transporter des marchandises, c’est juste parce que tous les grands mammifères du continent américain avaient disparu à la fin de la glaciation du Wisconsin, autour de 10.000 BCE. |
![]() |
Em vez de se esconder atrás das teorias supermacistas, Diamond procupar voltar para os origens do desenvolvimento tecnológico, por aí bem longe, às vesperas do neolítico. Na época em que as primeiras sementes estavam plantadas, os primeiros animais domesticados e os primeiro mineiros fundidos. Ao longo das páginas, podemos entender melhor o que, finalmente, aparece como uma evidência, mas que temos costuma de esquecer: nada nunca foi distribuido equitavelmente, e se os Aztecos nunca usaram da roda para carregar mercadorias, é apenas porque todos os grandes mamíferos do continente americano foram extinctos no final da glaciação do Winsconsin, por volta de 10.000 BCE. |
|||
|
Dans cette interprétation, c’est donc l’environnement qui est au coeur de l’histoire, et qui ouvre les portes aux développement humain. C’est uniquement à partir des disponibilités du milieu naturel que les sociétés ont, plus ou moins rapidement, élaboré des formes de plus en plus complexes d’organisation. Rien à voir donc avec des facultés intellectuelles, une élection divine ou la pureté d’une quelconque race. Et ça me fait penser à autre chose. Le système politique démocratique qui est apparu en Occident s’est construit sur toute une série de fondements loin d’être intellectuels ou de haute morale: un système agraire diversifié, des routes de commerces, des contacts fréquents avec les sociétés voisines pour l’échange de technologies… Au fur et à mesure de leur développement, ce sont ces élements qui ont permis de générer des institutions compliquées, et non l’inverse. Imposer celles-ci comme modèle de « bonne gouvernance » se révèle une politique virtuelle, ou de façade, puisque la société qui y vit ne dispose pas elle-même des ressources, ou des structures nécessaires à son fonctionnement. Dans un tel contexte, la démocratie ne prend son sens que si elle s’intègre dans la structure globale, dans ses réseaux et ses routes de commerces. Pilotée de l’extérieur, elle perd tout autre sens que celui du néocolonialisme. L’intérêt du livre de Jared Diamond est de mettre en lumière une réalité qu’on met trop vite de côté, parce qu’elle n’a rien de reluisant. Point de hauts faits moraux, d’épopée civilisatrice ou de geste messianique: juste quelques grains de riz qui poussent mieux ici que là. |
Com esta interpretação, o meio ambiente está no coração da história e abre as portas do desenvolvimento humano. Partindo das disponibilidades do meio natural, as sociedades elaboraram, com mais ou menos velocidade, formas cada vez mais complicadas de organização. Nada então de faculdades inteletuais, de eleição divina ou de pureza de alguma raça. E isso me leva a pensar algo. O sistema politico democratico que apareceu no Ocidente, se construiu sobre uma serie de fundamentos longe de serem inteletuais ou de alta moral: um sistema agrário diversificado, rotas de comercio, contatos frequentes com outras sociedades, para trocar tecnologia… Ao longo do tempo, são estes elementos que permitiram de criar instituições complicadas, e não o inverso. Impor elas como modelo de « boa governança » aparece como uma politica virtual, de façada, já que a sociedade que vive nelas não dispoe dos recursos ou das estruturas necessários ao seu funcionamento. Em um contexto desse, a democracia só tem sentido se ela se integra na estrutura global, nas suas redes e rotas de comercio. Pilotada de fora, ela perde toda significação, outra que o neocolonialismo. O interesse do livro de Jared Diamond é de esclarecer uma realidade que deixamos rapidamente de lado, porque não tem nada de valorisante. Nenhuma linda conduta moral, epopéia civilizadora ou gesta messianica: apenas alguns grãos de arroz que crescem melhor aqui do que alí. |
||||
John Brunner, Le Creuset du Temps.
Les histoires d’extra-terrestres ont toujours quelque chose d’artificiel, comme si l’auteur avait délibérément choisi une manière de pouvoir raconter n’importe quoi. D’une certaine façon, on peut dire que tous les auteurs choisissent une manière de pouvoir raconter n’importe quoi – après tout, depuis la fin du néoclassicisme, l’art s’est détaché de l’objet qu’il cherche à représenter et il n’y a pas de raison que cela ne touche pas la littérature.
Le problème avec les aventures qui se passent sur d’autres mondes, c’est qu’on en vient à penser un peu trop facilement, et un peu trop consciemment, que c’est n’importe quoi. Tout l’art consiste à exprimer ce qu’on veut – n’importe quoi – sans que cela ne transparaisse. Ou alors, pas trop brutalement.
Bref, le Creuset du Temps a cette particularité de proposer une réflexion sur le temps long, c’est-à-dire sur ces évolutions qui paraissent infimes et qui, au bout du compte, changent complètement la situation. On a l’habitude de lire une aventure qui débute à A avec le héros X et qui finit à B, avec le même X et si possible Y qui serait tombée dans son lit dans le même laps de temps.
Chaque chapitre du livre offre une petite aventure, qui ne serait pas vraiment intéressante si elle n’était pas lue avec les autres. Ce qui fait la force du récit, c’est justement la traversée dans le temps que tout le roman propose. Une civilisation végétale cherche à se sortir de la situation dans laquelle le hasard l’a fourrée, c’est-à-dire sur le chemin d’un champs d’astéroïdes. On l’accompagne depuis ses premières découvertes, au fil des siècles, jusqu’à ce qu’elle parvienne à se rendre compte que ce qui se passe vraiment autour d’elle.
De John Brunner, j’ai préféré Tous à Zanzibar – peut-être parce qu’il était plus humain. Mais j’aime sa maîtrise du récit, et le cours qu’il donne au temps long.

