Billets taggés ‘sociologie’
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(fr) La télévision est une fenêtre qui concentre toute l’énergie du monde moderne. C’est à travers elle que le monde s’explique, qu’il acquiert un sens. La télévision est à la croisée des chemins, comme une porte spatio-temporelle qui donne sur plusieurs galaxies. Elle relie la maison, le magasin, l’école, l’usine, le ministère et l’ascenseur de l’immeuble. Elle donne voix, là en plein milieu du salon, à des gens qu’on ne connaît pas, qu’on n’a même pas invités. Autrement dit, elle est tout ce qui nous relie au grand monde. Pas étonnant donc qu’elle nous offre la solution à la crise environnementale qui secoue la planète. Comme tout ce qui est produit pour tenir sur 30 secondes d’antenne, la solution qu’elle propose est sans détour, sans appel. Elle va directement sur sa cible, et met tout en perspective. Il suffit que chacun fasse sa part. C’est pourtant simple! Prenons un groupe de 10 personnes qui vivent sans se soucier du monde extérieur, dans une bourgade isolée. Ils se nourrissent exclusivement de conserves et jettent dans la rue tous leurs déchets, dont les effluves s’infiltrent et polluent la rivière toute proche. Le résultat est évident pour tout le monde: la sympathique bourgade isolée devient rapidement un cloaque puant. Il est nécessaire de dépenser des millions pour qu’une agence gouvernementale vienne s’occuper du problème. Mais si, toutes choses également par ailleurs, chacune de ces 10 personnes commence à changer sa manière de vivre, plante un potager et creuse une fosse sceptique, il ne faudra pas bien longtemps avant que la rivière polluée ne soit à nouveau remplie de poissons et que les papillons reviennent butinner les arbres en fleurs. Comme on peut le constater dans cet exemple, la solution passe donc avant tout par l’individualisation de comportements eco-friendly et d’une nouvelle conception du monde (Weltanschauung, en allemand), dans laquelle l’environnement n’est plus vu comme un facteur latent, mais bien comme une donnée irrévocable – constitutive – de l’existence. Puisqu’il est impossible de maintenir un modèle dans lequel il est perpétuellement nécessaire de nettoyer les déjections de la société, on est forcé d’envisager un changement de paradigme. Malgré les apparences, il n’y a rien là-dedans de très révolutionnaire. Il s’agit, au fond, d’opérer une légère mutation, destinée à donner naissance à un homo oeconomicus ambientalis. En se fondant sur une approche analytique, la crise environnementale est découpée en une série de petites sections plus simples à résoudre. Mathématiquement, l’ensemble devrait être résolu lorsque chaque partie fera sa part: si les 6 milliards d’individus qui composent la population terrestre se partagent la responsabilité des dégâts, on peut logiquement en déduire que chaque individu est responsable d’un six-milliardième de crise environnementale. Du coup, ça n’a plus l’air bien méchant, et c’est d’ailleurs ça qui est magnifique. La télévision ramène les problèmes globaux à des dimensions humaines. A force de tout saucissonner, on risque pourtant de passer à côté de pas mal de choses. Et c’est d’ailleurs ce qui se passe avec l’idée de « faire sa part ». En réalité, elle part d’un gros appel plein de bons sentiments, que l’on pourrait comparer à l’idée selon laquelle, si tout le monde aimait son prochain, le monde irait bien mieux. Certes oui, mais pas tant que ça. Tout d’abord, cette forme de responsabilité individuelle se retrouve matériellement limitée aux seules, disons, tâches ménagères – c’est-à-dire celles dont une simple personne peut s’occuper au quotidien (l’eau qui coule quand on se brosse les dents, le témoin de veille de la télévision qui reste allumé pendant la nuit, etc.) Les problèmes qui sont liés à la responsabilité de plusieurs personnes tombent déjà sous le coup d’un sérieux handicap, puisqu’ils risquent simplement de n’être résolus par personne (qui reconnaîtra être celui qui provoque les embouteillages?) Que dire alors de la responsabilité environnementale des personnalités juridiques, comme dans le cas de l’explosion de l’usine de Bhopal (greenpeace pt), que personne ne veut assumer? À chaque marée noire, les compagnies pétrolières se retournent généralement contre les pilotes – voir le procès de l’Exxon Valdez ou, plus récemment, du Heibei Spirit (one india en). La crise environnementale n’est pas un simple phénomène de pollution excédentaire, au sens tridimensionnel du terme. C’est avant tout un processus historique qui plonge ses raçines dans le temps, comme une locomotive qui pousse ses wagons, venue d’une époque que Fernand Braudel fait remonter aux cités de la Renaissance italienne (goodreads en). C’est enfin un processus culturel de détachement du réel, fondé sur une éthique calviniste selon laquelle voyons, c’est Dieu Lui-même qui a créé la Terre. La détruire, c’est détruire l’oeuvre de Dieu, ce qui, en plus d’être un péché, est tout bonnement impossible. Cela signifierait que l’homme est au moins aussi puissant que Lui. Enfin, dans le meilleur des cas, celui où chaque six-milliardième trouve enfin son responsable, « faire sa part » ne permettra jamais de répondre qu’à une situation figée dans le temps, à une époque donnée, sans cesse dépassée. Elle ne peut ni répondre aux dégâts qui ont été commis dans le passé, ni résister à la pression de la croissance économique. Et si notre quota de « faire sa part » doit être revu et corrigé chaque année, c’est qu’il y a un problème quelque part. Dans le fond, « faire sa part » permet à peine de se rassurer, dans un grand élan d’éco-blanchiment (greenwashing en anglais). Dans toute bonne série de science-fiction, il arrive que la porte spatio-temporelle s’ouvre sur quelque chose qui n’était pas prévu. La galactique menace de dangereux insectoïdes à la recherche d’un nouveau monde à coloniser, par exemple. De la même manière, la télévision tombe souvent à côté de la plaque. Le risque, dans ce cas-ci, serait de convaincre tout le monde que tout va bien, et qu’il suffit vraiment de ne faire que sa part. Parce que, même dans le meilleur des cas, il faut faire bien plus que ça. |
(pt) A televisão é uma janela que concentra toda a energia do mundo moderno. Por ela, o mundo se explica, ele adquire um sentido. Na televisão se cruzam vários caminhos, como uma porta espacial-temporal que se abre para várias galáxias. Ela liga a casa, a loja, a fábrica, o ministério e o elevador do prédio. Ela dá voz, ali no meio da sala, às pessoas que não conhecemos, às quais nem convidamos. Ou seja, ela é tudo o que nos liga ao restante do mundo. Sem surpresa, ela também nos oferece uma solução à crise ambiental que envolve o planeta. Igual a tudo que é produzido para caber em 30 segundos, a solução proposta é sem apelo. Ela cai diretamente no seu alvo e explica tudo. Basta cada um fazer a sua parte. Pois é muito simples! Imaginemos um grupo de 10 pessoas que vivem sem se preocupar com o mundo exterior, em uma aldeia isolada. Eles comem apenas alimentos enlatados e jogam o seu lixo na rua. Os eflúvios entram no solo e contaminam o rio que corre perto. O resultado é evidente: a simpática aldeia isolada se torna rapidamente uma esgoto fedorenta. É necessário gastar milhões para uma agência pública cuidar do problema. Mas se cada uma das 10 pessoas comece a mudar o seu estilo de vida, plante uma horta e cave uma fossa séptica, não demorará muito antes do rio se encher de peixes novamente, com borboletas voando de flor em flor. É fácil perceber neste exemplo que a solução passa, antes de tudo, pela individualização de comportamentos eco-friendly e de uma nova concepção do mundo (Weltanschauung, em alemão), na qual o meio ambiente não é mais apenas um fator latente, e sim um dado irrevogável – constitutivo – da existência. Já que é impossível manter um modelo onde seja perpetualmente necessário limpar o lixo da sociedade, é preciso imaginar uma mudança de paradigma. Isso sendo dito, não há nada aqui que seja muito revolucionário. Se trata, no final, de fazer uma leve mutação, que permita o nascimento de um homo oeconomicus ambientalis. Baseando-se numa perspectiva analítica, a crise ambiental é cortada em pequenos trechos mais simples de resolver. Matematicamente, o conjunto será resolvido quando cada trecho fizer a sua parte: se os 6 bilhões de indivíduos que compõem a população da Terra compartilham a responsabilidade, podemos logicamente deduzir que cada indivíduo é responsável por um seis-bilhonésimo da crise ambiental. Visto assim, já não parece mais tão complicado, e é bem por isso que é maravilhoso. A televisão dá dimensões humanas aos problemas globais. De tanto cortar em trechinhos, arriscamo-nos a passar ao lado de muitas coisas. É bem isso que acontece com aquela idéia de “fazer a sua parte”. Na realidade, ela parte de uma boa chamada repleta de bons sentimentos, comparáveis à idéia que, se todo mundo amasse o próximo, o mundo estaria muito melhor. Certo sim, mas não é tão assim. Primeiro, tal forma de responsabilidade individual está materialmente limitada as únicas, digamos, tarefas domésticas – ou seja, tudo o que uma simples pessoa pode fazer no cotidiano (fechar a torneira ao escovar os dentes, desligar a televisão quando não for usada, etc.) Os problemas ligados à responsabilidade de várias pessoas encontram um problema sério, porque provavelmente não seriam resolvidos por ninguém (quem aceitaria ser aquele/a que provoca os engarrafamentos?) O que dizer ainda da responsabilidade ambiental das pessoas jurídicas, como no caso da explosão da fábrica de Bhopal (greenpeace pt), que ninguém quer assumir? Em cada maré negra, as companhias de petróleo se voltam contra os pilotos – veja o processo de Exxon Valdez, ou mais recentemente, de Heibei Spirit (oneindia en). A crise ambiental não é um simples fenômeno de poluição em excesso, no sentido tridimensional da expressão. Antes de tudo, é um processo histórico cujas raízes, como uma locomotiva empurrando os vagões, vêm das cidades do Renascimento italiano, segundo Fernand Braudel (goodreads en). ). Ainda é um processo cultural de desligamento do real, fundado em uma ética calvinista segundo a qual, pois, é Deus mesmo que criou a Terra. Destruir isso seria destruir a obra de Deus. E isso, além de ser pecado, seria simplesmente impossível. Significaria que o homem é tão poderoso quanto Ele. Enfim, no melhor dos casos, aquele onde cada seis-bilhonésimo encontra o seu responsável, “fazer a sua parte” apenas permite atender uma situação parada no tempo, sempre ultrapassada. Não pode atender as destruições feitas no passado, nem resistir à pressão do crescimento econômico. E se a cota de “fazer a sua parte” deve ser corrigida a cada ano, significa que existe um problema. No final, “fazer a sua parte” permite apenas se tranquilizar, num surto de boa consciência (e de greenwashing, em inglês). Em todo bom seriado de ficção-científica, acontece que a porta espacial-temporal pode se abrir sobre algum imprevisto. A ameaça galáctica de perigosos alienígenas a procura de um novo mundo para colonizar, por exemplo. Do mesmo modo, a televisão pode se enganar. O risco, neste caso, seria de convencer todo mundo que tudo está bem, e que basta realmente fazer a sua parte. Mesmo no melhor dos casos, é preciso fazer muito mais. |
Crise institutionnelle en perspective

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(fr)
Quelques sénateurs, dont l’actuel Président de la Chambre, ont utilisé leur position pour faire embaucher certaines personnes ou assurer l’exclusivité de certains contrats. Comme ces décisions n’ont jamais été publiées dans les annales du Congrès, on parle d’actes secrets. C’est le dernier épisode d’un interminable feuilleton à scandale au coeur des institutions brésiliennes. Grâce à certains directeurs parmi le personnel du Sénat, la famille et le cercle d’amis des membres les plus influents ont ainsi été privilégiés pour différentes raisons. Il n’y a pas si longtemps, quelques semaines à peine, on apprenait que les sénateurs utilisaient leurs frais de déplacements officiels pour payer des voyages à l’étranger à leurs proches. En soi, il n’y a pas vraiment grand chose d’exceptionnel là-dedans. À la même époque, l’Angleterre était secouée par le même type de problème, quand les membres de la Chambre des Communes de Sa Majesté étaient pris la main dans le sac en train de se payer des domestiques et des films pornographiques avec l’argent du contribuable (wikipedia en). En Belgique, le récent voyage en Californie des députés wallons, accompagnés de leurs dames, a choqué tout le monde (le soir fr). Ce qui apparaît d’abord comme une série de malencontreux scandales passe petit-à-petit pour une description éhontée du réel fonctionnement des institutions, fédérales surtout mais pas seulement. La politique familiale et le copinage règnent dans toutes les instances du pouvoir, comme si les charges publiques étaient une propriété privée, doublées d’une fonction héréditaire. Depuis 1986, et malgré la nouvelle Consitution brésilienne, les institutions du pays fonctionnent dans une sorte de flou artistique, fidèlement entretenu par les jardiniers de Brasília. Elle leur a toujours permis de s’en tirer en argumentant l’absence de définition. Dont ils sont eux-mêmes responsables. On est dans une boucle sans fin, un loophole. Cette situation de loophole pourrait caractériser la crise institutionnelle, car elle indique l’incapacité du monde politique à modifier son propre mode de vie, celui sur lequel il a basé son existence depuis plus de 20 ans. Il fonctionne sur un pays où la majorité de la population vit en dehors de tout système légal, et qui n’a donc aucune prise sur celui-ci. Et pourtant, dans le même temps, on peut constater que la situation entre inévitablement dans une impasse. Plusieurs plans permettent d’inclure cette frange énorme de la population dans un embryon de légalité. Le système de la Bolsa Familia est lié à l’inscription des enfants à l’école et à la poursuite de leurs études. D’autres plans permettent aux indépendants et aux micro-entreprises d’entrer plus simplement dans la légalité (dans le paiement des impôts et les lignes de crédit). En facilitant cette intégration, deux mondes commencent à se superposer. Parallèlement à cette fusion, la crise institutionnelle pose un sérieux risque pour la Fédération elle-même. Celui, au fond, de créer un régime où la population ne se reconnaît pas ou plus. L’histoire du pays est pleine de ces révoltes, locales ou régionales, qui s’opposèrent à la domination de l’État central. Le Nordeste en est plein, le Sud tout autant. Le dernier exemple en date remonte à 1930, quand Getúlio Vargas est monté au pouvoir par la force, pour s’y installer pendant 15 ans. De nos jours, la figure charismatique de Lula empêche la renaissance de revendications radicales, mais il laissera bientôt sa place à quelqu’un d’autre – une personne, qui que ce soit, qui n’aura pas le même appui populaire. Si cette crise institutionnelle se prolonge ou s’aggrave, il ne faudra sans doute pas attendre bien longtemps avant de voir ressurgir les anciennes vélléités indépendantistes. |
(pt)
Alguns senadores, dos quais o atual Presidente da Câmara, usaram a sua posição para contratar certas pessoas ou segurar a exclusividade de alguns contratos. Como estas decisões nunca foram publicadas nos anais do Congresso, elas são chamadas de “atos segregos”. É o último episódio da incansável e escandalosa novela das instituições brasileiras. Com a ajuda de alguns diretores no meio do pessoal do Senado, a familia e o círculo de amigos dos membros os mais influentes foram privilegiados para diferentes razões. Hão faz muito tempo, algumas semanas atrás, chegava a notícia de que os senadores usavam as verbas oficiais para pagar viagens fora do país para seus parentes. Em si, não tem realmente nada de excepcional. Na mesma época, a Inglaterra vivia o mesmo tipo de problema, quando membros da Câmara dos Comuns da Sua Majestade estavam flagrados pagando domésticas e filmes pornográficos com o dinheiro dos impostos (wikipedia en). Na Bélgica, a recém viagem na California de deputados valões, acompanhados das madamas, chocou todo mundo (le soir fr). O que aparece primeiro como uma série infeliz de escândalos passa pouco-à-pouco por uma descrição vergonhosa do verdadeiro funcionamento das instituições, federais sobretudo mas não apenas. Política familiar e política dos amigos reinam em todas as instâncias do poder, como se os cargos públicos fossem propriedade particular, dobrada du uma função hereditária. Desde 1986, mesmo com uma nova Constitução brasileira, as instituições do país funcionam em algo como um “fosco artístico”, fielmente mantido pelos jardineiros de Brasília. Sempre permitiu que eles se escapem argumentando que não há definição. Da qual eles mesmos são responsáveis. Estamos dando voltas sem fim, num loophole. Esta situação de loophole poderia caracterizar a crise institucional, porque ela esclarece a incapacidade do mundo político em modificar o seu próprio modo de vida, no qual ele baseou a sua existência há mais de 20 anos. Funciona em um país onde a maioria da população vive fora de qualquer sistema legal, e não tem a mínima ligação com ele. No entanto, é possível perceber que a situação entra inevitavelmente em um beco sem saída. Vários planos permitem incluir aquela porção enorme da população em um embrião de legalidade. O sistema da Bolsa Familia é ligado a inscrição das crianças na escola e ao avanço deles. Outros planos permitem aos autônomos e às microempresas de entrar na legalidade (no pagamento dos impostos e na obtenção de crédito) com mais facilidade. Com esta integração, dois mundos começam a sobrepô-se. Juntamente com tal fusão, a crise institucional põe em sério risco a própria Federação. No fundo, poderia criar um regime que a população não reconhece (mais). A história do país está repleta destas revoltas, locais ou regionais, que enfrentaram o domínio do Estado central. O Nordeste está cheio delas, e o Sul também. O último exemplo data de 1930, quando Getúlio Vargas chegou ao poder pela força, e aí ficou por 15 anos. A figura carismática de Lula impede o renascimento de reinvindicações radicais, mas daqui a pouco ele deixará o seu lugar para alguém outro – uma pessoa, quem quer que seja, que não terá tanto apoio popular. Se a crise institucional continua ou piora, não demorará muito tempo antes de ver surgir os antigos pedidos de independência. |
Dans mon HLM
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(fr) Il y a celle d’en face, dont le caniche gratte à la porte. À peine elle est sortie de chez elle que le chien se met à hurler. Tout ça en pleine nuit, évidemment. Il y a celle du dessus, qui est une grande professionnelle de la couture. Je n’ai rien contre les couturières, autant le dire tout de suite, mais si celle-ci pouvait s’abstenir de faire tomber ses aiguilles, je m’en porterais pas plus mal. Elle est mariée à celui qui attend spécialement qu’il fasse bien nuit, pour changer ses meubles de place. 23 heures ? Si on mettait la commode dans la cuisine ? Il y a les gosses de tous les étages, enfermés derrière les grilles tout autour de l’immeuble. Ils perdent pas mal d’imagination, ça se voit à leur oeil vitreux, et à leur façon de mettre le pouce et le petit doigt au garde-à-vous. Les plus jeunes ont encore l’impression de pouvoir courrir des kilomètres en allant d’un bout à l’autre du « playground », mais les plus grands, ceux dont la vision est complètement formée, ils n’ont plus d’espoir. Ils écoutent du rock des années 80. Il y a un couple qui se supporte plus. On les entend gueuler, le soir, quand monsieur rentre bourré. Madame ne supporte plus, elle va repartir chez ses parents. Parfois elle se réfugie dans une pièce et l’homme essaye d’enfoncer la porte. En face, il y a une nymphomane qui a l’air de prendre son pied en hurlant pour tout le quartier. Le mercredi et le dimanche, quand il y a match de foot, on entend les bandes rivales dans les tours voisines qui s’affrontent à grands cris. C’est Corinthians par-ci, Vitória par là… Au petit matin, on peut encore voir les drapeaux trempés par la pluie qui pendent aux fenêtres. Le HLM, il est dans un quartier chic, un lotissement plein de tours en béton qui poussent comme des champignons, avec des noms d’aristocrates anglais et d’arbres tropicaux. Quand on regarde de dehors, on dirait Dubai. C’est plein de verre et de formes, comme à la télé. Quand on vit dedans, on se retrouve dans n’importe quellebanlieue européenne. Mais les gens qui habitent là ont de l’argent. Ils ont deux voitures. Le gamin va au lycée privé. Il fait aussi un cours d’anglais et des leçons de karaté. Ils fêtent leur anniversaire à Disneyland. Habiter dans un caisson, ils trouvent ça cool – et rassurant. Il y a une piscine et un portier. Avec une grille électrique et des caméras. Pour le reste, c’est pareil. Des murs en béton, et des planchers en carton. Des gens entassés qui ont rien d’autre à faire que tourner en rond. C’est fou ce que l’imagination est capable de faire faire aux gens. Un peu de motivation et hop, un trou infâme devient le palais de la Belle au Bois Dormant. Et en parlant de dormir, quand est-ce qu’ils vont se réveiller, à Clichy? Ils se rendent pas compte que c’est Versailles? |
(pt) Tem aquela da frente, com o seu pudo que quer arrancar a porte. Apenas ela saiu de casa que o cachorro começa a gritar. Sempre no meio da noite, claro. Tem aquela de cima, que é uma grande profissional da costura. Não tenho nada contra as costureiras, prefiro dizer logo, mas se aquela podia para de deixar as agulhas cair, eu ficaria grato. Esta casada com o cara que espera especialmente a noite chegar para mudar os móveis de lugar. 23 horas? Vamos colocar o armário na cozinha! Têm os moleques de todos os andares, trancados atrás das grades na volta do prédio. Percam a imaginação, dá para perceber com o olhar ausente deles, e o jeito de cumprimentar com o dedão e o dedinho bem retos. Os menores ainda acham que podem correr quilômetros, dum lado do “playground” ao outro. Mas os maiores, cuja visão já é formada, não têm mais esperança. Escutam rock dos anos 80. Tem um casal que não se agüenta mais. Eles gritam um no outro, de noite, quando o velho volta trêbado. A velha não quer mais saber de nada, ela vai voltar para a casa dos pais. As vezes, ela se esconde em uma sala, e o cara tenta abrir de força. Na frente, tem uma ninfomaníaca que parece gozar chamando a vizinhança. Nas quartas e nos domingos, quando tem jogo de futebol, podemos ouvir os grupos rivais nas torres vizinhas que se enfrentam com altos gritos. Corinthians por aqui, Vitória por ali… Na manhã seguinte, ainda têm as bandeiras molhadas pela chuva, penduradas nas janelas. O HLM (moradia com aluguel moderado, em francês) está em um bairro chique, um loteamento cheio de prédios de concreto, que crescem como cogumelos, com nomes de aristocratas ingleses e árvores tropicais. Quando olha de fora, parece Dubai. Cheio de vidro e de formas, como na televisão. Quando vive dentro, parece como qualquer periferia européia. Mas as pessoas que vivem ai têm dinheiro. Têm dois carros. O moleque vai para a escola particular. Faz um curso de inglês e toma lições de karatê. Fazem aniversário na Disneylândia. Morar em um caixão, eles acham legal – e seguro. Tem piscina e porteiro. Com uma grade elétrica e câmeras. Além disso, é igual. Paredes de concreto e chão de papelão. Pessoas apertadas que não têm nada a fazer, a não ser andar em círculos. É incrível o que a imaginação é capaz de fazer com as pessoas. Um pouco de motivação e hop, um buraco detestável se torna o palácio da Bela Adormecida. E falando de dormir, quando é que eles vão acordar, em Clichy? Não dá para ver que é Versailles? |
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Presque personne ne lit
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Français Voici un texte écrit par mon ami Hugo. Il connaît mieux que moi la réalité de São Gonçalo, pour la fréquenter depuis longtemps: L’exercice de la lecture, spécialement de bons auteurs, devrait être plus encouragée dans les maisons et les écoles. Les bibliothèques sont vides. Tout est devenu Internet, avec ses trahisons et ses virus. Acheter des livres, ou même des revues ou des journaux, se trouve à un niveau bien en-dessous de celui des Cds, DVDs et autres jeux de Playstation. On dirait que l’exercice de lire est devenu une chose du passé. Les étudiants ne lisent que les livres proposés à un quelconque bac. Moi qui écris régulièrement, je peux bien en parler, de l’abandon culturel dans lequel sont jetées les jeunes générations. Ils lisent et ne comprennent rien à ce qu’ils lisent. Ils sont de vrais analphabètes fonctionnels au vocabulaire minimal qui, au lieu de se replier sur le « père des crétins » (expression ancienne pour désigner les dictionnaires), prefèrent râler sur l’écrivain pour n’avoir pas compris le texte et son message. Accomodés qui adorent les plats préparés et la nourriture au kilo. Ceux qui doivent faire des efforts pour se faire comprendre, ce sont les auteurs de nouvelles, les journalistes. Quant à ceux qui écrivent en diletantes (qualité de celui qui exerce un art par goût et non par obligation), pas du tout préoccupés par leur public, ils se réservent le droit de dire les choses à leur manière, en laissant tomber les subtilités (délicatesses, finesses) de la langue. Ces reflexions me viennent maintenant, tranquillement installé dans mon recoin d’écriture, je vois mon cigare se consummer et, comme un sablier (instrument constitué de deux vases coniques en verre, qui se communiquent par l’intermédiaire d’un petit orifice, et destiné à mesurer le temps par le passage d’une certaine quantité de sable du vase supérieur au vase inférieur), compter le temps qui passe. Pour cette raison, depuis quelques temps et pour ne pqs déformer mon style, j’ai pris l’habitude d’ajouter après l’emploi d’un mot peu utilisé, une brève explication de sa signification. Que m’excusent, donc, les lecteurs qui ont un bon vocabulaire. Je sais que, de la même manière que j’apprécie les cigares, de telles attentions pourront passer pour anachroniques (contraire aux coutumes d’une époque), ou pédantes (vaines, prétencieuses). Mais ça ne l’est pas. Il s’agit de la singulière (simple, sincère) conclusion que, de nos jours, presque personne ne lit. Hugo Carvalho est économiste et chroniqueur. |
Português Copio aqui um texto do meu amigo Hugo. Ele conhece melhor que eu a realidade de São Gonçalo, por ter compartilhado mais tempo com ela: O exercício da leitura, em especial de bons autores, deveria ser mais incentivado nos lares e nas escolas. As bibliotecas andam vazias. Tudo virou Internet, com suas traições e com seus vírus. Comprar livros, ou mesmo revistas e jornais, está num patamar bem abaixo do comprar CDs, DVDs, jogos do Playstation. Parece que o exercício de ler virou coisa do passado. Estudantes só leem livros propostos nos vestibulares da vida. Eu, que escrevo regularmente, posso bem testemunhar, o abandono cultural ao qual foram relegadas as gerações mais jovens. Leem e nada entendem do que leram. São verdadeiros analfabetos funcionais de vocabulário reduzidíssimo que, ao invés de recorrerem ao “pai dos burros” (expressão antiga que classificava os dicionários), preferem reclamar do escritor por não haverem compreendido o texto e sua mensagem. Comodistas que adoram os pratos prontos e as comidas a quilo. Quem deve se esforçar para se fazer entender são os escritores de notícias, os jornalistas. Quanto àqueles que escrevem por diletantismo (qualidade de quem exerce uma arte por gosto e não por ofício ou obrigação), despreocupados com os ibopes da vida, reserva-se o direito de dizerem das coisas ao seu modo, lançando mão das sutilezas (delicadezas, finuras) do nosso idioma pátrio. Tais reflexões me acorrem agora, enquanto sossegado no meu recanto de escrever, vejo meu charuto desfazendo-se e, como uma ampulheta (instrumento constituído de dois vasos cônicos de vidro, que se comunicam nos vértices por um pequeno orifício, e destinado a medir o tempo pela passagem de certa parte de areia do vaso superior para o vaso inferior), contar o tempo escorrendo. Por tal motivo de uns tempos para cá, para não deformar meu estilo, passei a colocar após o emprego de palavras pouco usuais, uma breve explicação dos seus significados. Que me perdoem, portanto, os leitores com bom domínio vocabular. Sei que, assim como aprecio charutos, tal cuidado poderá parecer anacrônico (contrário aos usos da época) ou pedante (vaidoso, pretensioso). Mas não é. Trata-se da singela (simples, sincera) conclusão que, hoje em dia, quase ninguém lê. Hugo Carvalho é economista e cronista. |
Fête de graduation à la maternelle
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Français Je connaissais déjà les fêtes d’anniversaire d’un an, que les jeunes Brésiliens adorent organiser pour leur nouveau-né, qui soit dit en passant, ne se rend compte de rien – même quand tout le monde se met à lui chanter « Joyeux Anniversaire ». On voit vite, d’ailleurs, que la fête n’est pas pour le gamin, mais bien pour les parents. Mais hier soir, j’ai eu l’occasion de voir qu’il y a moyen de faire encore plus fort. Hier soir, c’était la soirée officielle de graduation de la maternelle où le fils d’un ami… enfin, on ne peut pas vraiment encore appeler ça « étudier », si ? Bon, c’est vrai qu’après tout, les charmants bambins ont appris à lire et à écrire, et que dans le fond, qu’y a-t-il de plus beau qu’une enfant qui écrit son nom pour la première fois ? Tout dépend du nom, évidemment, mais je me pose tout de même la question de savoir, pour qui sont faites ces fêtes ? Les enfants ne sont qu’un prétexte, et les institutrices le répétaient bien fort hier : « Il faut retomber en enfance, car rien n’est plus beau que l’enfance. » Fort bien, mais à mon sens, une fête de graduation à la sortie de la maternelle, c’est fameusement adulte comme attitude ! Vite vite, il faut les faire entrer sur le marché du travail, les motiver sur la voie des diplômes, sans lesquels ils ne seront jamais que des moins-que-rien. Bon, peut-être que je m’emporte. C’est vrai qu’à l’époque on a tous participé de spectacles. Je me souviens d’une fois, il fallait se déguiser en schtroumpf. Je ne voulais pas, j’ai pleuré, et j’ai terminé en Azraël. Ça doit être pour ça que j’ai été au chômage pendant si longtemps. Ah, les salauds. |
Português Eu já sabia das festas de aniversário de um ano, que os casais brasileiros adoram organizar para o recém nascido, o qual – vou dizer – não se dá conta de nada, nem quando tudo mundo começa a cantar “Parabéns”. Dá para perceber, na verdade, que a festa não acontece para os meninos, mas sim para os pais. Mas ontem de noite, eu tive a ocasião de ver que era possível fazer ainda mais forte. Ontem de noite, foi a festa oficial de formatura da escola infantil onde o filho de um amigo… enfim, não pode bem chamar isso estudar, sim? Bem, é verdade que afinal, os baixinhos aprenderam a ler e escrever, e que, no fundo do fundo, será que existe coisa mais linda do que uma criança escrevendo o seu nome pela primeira vez? Depende do nome, certo, mas ainda me pergunto: para quem estas festas? Obviamente, as crianças são um pretexto, e as professoras repetiam isso muito bem ontem: “É preciso voltar para a infância, porque não tem nada mais belo do que a infância.” Muito bem, mas pensa bem. Uma festa de graduação, na saída do infantil, é uma atitude de adultos! Anda logo, precisam entrar no mercado do trabalho! Os incentivar na busca dos diplomas, sem os quais nunca serão mais do que ninguém. Tudo bem, eu fico nervoso de mais. É verdade que na época, participamos todos de espetáculos. Eu lembro uma vez, tinha que se fantasiar de smurfe. Eu não queria, chorei muito e acabei fantasiado daquele gato brabo. Deve ser por isso que eu fiquei tanto tempo desempregado. Ah, se eu soubesse! |
C’est combien, ou c’est au kilo?
Un nouveau film brésilien, de Sergio Blanchi, met en perspective deux âges qu’on imagine trop facilement complètement différents l’un de l’autre. Quanto Vale ou É por Quilo? fait une critique incroyable du business du marketing social. Sur fond d’archives d’époque relatant le commerce d’esclaves au XVIIIe siècle, on découvre une solidarité de façade qui fait succès, destinée à faire du bien moralement aux classes (castes?) les plus élevées.
C’est un sujet vraiment profond, et ça fait réfléchir. Est-ce que ce qu’on fait ici est tellement différent de ce qui est décrit dans le film? Comment être certain qu’au fond, on ne fait pas partie de tout ce jeu, sans même s’en rendre compte?
Au Brésil, le social washing fait rage, presque autant que le greenwashing. Une entreprise socialement responsable se vante à la télévision pour gonfler ses ventes. C’est tendance, mais surtout, ça saute aux yeux de tout le monde: les injustices sont criantes, l’inégalité insupportable. Et dans le même temps, la remise en question du passé est trop dure à aborder.
C’est là qu’apparaît la façade. Si on ne se demande pas ce qui a mené là où on en est, et si ça n’apparaît pas au grand jour, il y a une sorte d’utilisation du phénomène qui se met en place. Le marketing social se nourrit de la misère, sans modifier les structures qui la créent.
Parvenir à ce que les structures changent, c’est difficile. Mais c’est là qu’on trouve ce qu’il y a de vraiment intéressant dans le fait de travailler dans le social. Encore plus quand la société est ultra-inégalitaire. Mais parfois, le plus compliqué n’est pas de mettre en évidence ce qui maintient les gens dans la merde – c’est de l’expliquer à ceux qui y sont.
L’univers globalisé
Comme je suis vicié à l’informatique (je l’avoue, sans crainte des conséquences), on vient de temps en temps me demander de faire un CV. Chouette, je me dis. C’est une excellente occasion de jeter un oeil sur la réalité “professionnelle” de la région. Et je me jette donc aveuglément à la tâche.
Il existe deux grands abattoirs de poulets installés dans la commune (on est dans le triangle avicole du Nordeste), qui sont de véritables moulins à employés. Ils offrent un emploi pour la main-d’oeuvre non-qualifiée et un salaire minimum, mais personne n’y tient très longtemps. Ils ont donc souvent besoin de nouveaux employés, toujours non-qualifiés.
Sur les CVs, un détail est plus intéressant que les autres: 90% d’entre eux contiennent la même phrase préfabriquée, insérée sous le titre “Objectif”. La voici:
Buscar o crescimento da empresa e desenvolver um trabalho de qualidade visando um desempenho de competitividade com o mercado, diante do universo globalizado. (Rechercher la croissance de l’entreprise et développer un travail de qualité en visant une prestation en compétitivité avec le marché, face à l’univers globalisé).
Rien à faire, ça m’interpelle. Je trouve vraiment émouvant de voir qu’à São Gonçalo dos Campos aussi, on est complètement en phase avec la world economy. Ici messieurs les investisseurs, nos travailleurs sont préparés dès le plus jeune âge pour effectuer les tâches nécessaire à la croissance de votre compagnie. Y compris si vous l’exigez, à faire des heures supplémentaires non-rémunérées, à condition bien sûr que ce soit pour le bien de la compétitivité.
En fait, cette phrase ne veut absolument rien dire. En fait, j’ai même honte à chaque fois qu’on me demande de l’ajouter, comme si c’était quelque chose d’essentiel. J’essaie bien de leur demander: “D’accord, mais essayons de trouver une formule plus personnelle. Que penses-tu pouvoir leur apporter?” Mais alors, c’est le mur. Le grand vide.
La raison de ce silence, elle est généralement juste en-dessous, sous le titre “Études”. C’est là qu’on voit la réalité pure et dure du pays, celle dans laquelle il s’est laissé enfoncé pendant plus d’un demi-siècle, d’abord par les militaires,puis par leurs successeurs au pouvoir.
Ensino fundamental incompleto. (École primaire incomplète).
Dépendance et loups-garous
Une chose étrange m’est apparue d’un coup, comme ça arrive souvent avec les choses étranges. Après tout, si on s’en rendait compte petit-à-petit, ça serait beaucoup moins bizarre.
L’un des spectacles mis en scène par l’association vient des histoires racontées par Bó, le conteur. Il explique sa perspective sur la vie à São Gonçalo quand il était petit, c’est-à-dire dans les années 50. Entre autres choses, raconte-t-il, dans ces contrées, il y avait à l’époque un tas de loups-garous.
Et tous les gamins d’y croire dur comme fer. Forcément, direz-vous, c’est un ancien qui l’a dit – ça ne peut qu’être vrai. Les plus costauds font semblant de se moquer des plus petits, mais dans le fond, ils se mettent tous à courir pour rentrer chez eux, une fois la nuit tombée. Et tout le monde sait qu’elle tombe vite, sous les Tropiques. Paf! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Mais la chose étrange ne m’est apparue que bien plus tard. Et pourtant, c’est évident. Au Brésil, les seuls loups sont au zoo. Ou empaillés, au musée (bien qu’il n’y a pas beaucoup de musées non plus). À la rigueur, on pourrait dire qu’à l’époque, la ville était remplie de chats sauvages, ou bien de chiens errants zombies, mais c’est beaucoup moins traumatique.
Pourtant, et vous allez comprendre où je veux en venir, c’est bien le loup-garou, incarnation du Haut Mal, qui s’est installé dans l’imaginaire de toute la population comme symbole de l’Abomination contre-nature. Sans que quiconque ait jamais vu un seul loup, ni même entendu leur hurlement au loin, par une nuit embrumée.
Voilà ce qu’on pourrait appeler un phénomène de domination culturelle, de colonisation mentale imposée par la fraction européenne de l’immigration brésilienne à tous les autres peuples – Indiens, Africains et Asiatiques – qui composent aujourd’hui la population du pays. Dans un sens, il s’agit d’une domination light, puisque depuis le retour de la démocratie dans les années 80, on n’utilise plus les armes, la torture et les disparitions pour contrôler les gens.
D’un autre côté, c’est une forme ultra-violente de dépendance, où les gens ont perdu leur capacité à réfléchir sur base de leur propre environnement. Décérébrés de cette façon, ils se basent sur une série de préceptes qui leur sont imposés de l’extérieur, à un tel point qu’ils ne perçoivent même plus le fait qu’il s’agit de reférences issues d’un autre monde.
Un jour, un ami m’a demandé si je pensais que le Brésil était un pays occidental. J’ai dit que non, et voici une des raisons.

