C’est la crise en Belgique

Le mois passé, j’ai donné um cours sur la révolution belge dans une université à Salvador. Pour agrémenter la chose, j’ai décidé d’aborder le sujet sous l’angle du système-monde de Wallerstein. Mettre en perspective la révolution et la crise actuelle est un défi, et parce que les deux évènements semblent se situer à l’exact opposé l’un de l’autre. Après tout, la Belgique a été fondée sous la révolution, et elle semble sur le point d’exploser aujourd’hui.

L’idée que j’ai défendue est qu’il n’y a, au fond, aucune opposition entre la révolution belge et les menaces séparatistes d’aujourd’hui. Pourquoi ? Disons que le territoire que recouvre le Benelux n’a jamais cessé d’être composé d’une mosaïque d’ethnies plus ou moins indépendantes ou autonomes. Plus ou moins, car l’équilibre sur lequel elles se sont basées pour former telle ou telle structure politique n’a jamais été coulé dans le béton.

Autrement dit, la question n’est pas de savoir comment il se fait que la Belgique puisse exploser, mais bien de découvrir quelles sont les éléments qui ont poussé ces différents groupes à s’associer dans l’État belge – et qui les poussent aujourd’hui à s’associer sous une autre combinaison de forces. En effet, on comprend souvent le terme « Belgique » sous son acception moderne d’État-Nation indivisible, alors qu’il recouvre une réalité beaucoup plus nuancée. Parmi ces nuances, on relèvera autant les tribus et cités gallo-romaines que les entités féodales, qui donnèrent à leur tour naissance aux Provinces-Unies (oublions les Espagnols et autres Français un moment).

La perspective du système-monde de Wallerstein offre un filtre intéressant pour comprendre les forces qui contribué à pousser les tribus belges vers l’État belge. À ce niveau,  les XVII Provinces apparaissent comme une étape fondamentale, y compris dans la formation d’une économie-monde qui se concentre sur la Hollande et l’Angleterre aux XVIe et XVIIe siècles, et dans laquelle les premières compagnies d’envergure globale se répartissent le commerce.

Quand on se rapproche de la phase actuelle, c’est la dérégulation de l’économie-monde dans les années 70 qui apparaît comme un trait marquant qui ouvre de nouvelles portes aux vélléités de séparatisme, puisque le contrôle de l’économie sort du giron de l’État pour s’installer dans les compagnies et au coeur des relations qu’elles entretiennent entre elles. À partir de ce moment, les différentes ethnies se sont donc retrouvées face à un nouveau moyen, matériellement parlant, de subvenir à leurs propres besoins. C’est d’ailleurs le cas d’autres mouvements dans l’ensemble de l’Europe (voir la carte).

Pourquoi parle-t-on de séparatisme flamand, alors, et pas de séparatisme anversois ou limbourgeois ? L’analyse du système-monde ne permet pas d’oublier le contexte culturel, et dans ce cas-ci, la lutte linguistique pour la reconnaissance du flamand comme langue officielle. On pourra tout de même ire ce que propose Steve Stijvaert, Gouverneur du Limbourg belge, concernant l’unification des deux provinces, belge et hollandaise.

Vu sous cet angle, ce qui laisse un goût amer dans le mouvement « séparatiste », c’est son caractère raciste. L’influence de l’idéologie d’extrême-droite est ancrée dans le contexte récent des relations communautaires, au moins depuis la naissance du Vlaams Blok à la fin des années 70. Et dans ce sens, il s’agit sûrement là du plus gros problème à traiter en cas de réelle partition du pays. Pour le reste, c’est inscrit quelque part dans notre culture d’arriver à un compromis – tôt ou tard.

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