TEIA 2008 – Mon premier contact avec le Brésil

Ça y est, je les ai vus. D’abord, je les ai aperçus de loin. Ils faisaient un sacré boucan, chacun des deux groupes. Mais ils sont rapidement entrés dans la demi-balle du musée et je n’ai pas eu le temps de m’approcher. Ce n’est qu’une petite heure plus tard qu’ils sont ressortis.

Et lá, j’ai eu plus de temps pour les voir. Un groupe est passé devant moi. Je les ai suivis, et comme il s’est mis à pleuvoir, je ne suis réfugié en-dessous du même toît de paille. Du même toît! Ils étaient là, tout le groupe, femmes et enfants, jeunes et anciens. Ils viennent du Xingu, une région controversée dans l’État du Pará (près de l’Amazonie) où les autorités veulent construire un gigantesque barrage. Les autorités aiment les barrages, surtout quand c’est l’occasion de parquer les Indiens dans un endroit encore plus petit.

Et voilà que j’étais là, sous le même toît qu’une délégation entière du Xingu. Voir des Indiens à la télévision est une chose. C’est folklorique, on se dit « Incroyable! » Voir les mêmes personnes à côté de soi (pas moyen de fuir, il pleut trop), c’en est une autre. Le sentiment que j’ai eu est difficile à expliquer: il y a de la fascination, évidemment, on n’en voit pas tous les jours, et ils mettent tout le monde en face des profondes raçines du continent. Mais pour la même raison, il y a une sorte d’infâmie qui m’a réellement mis mal à l’aise. Pour la même raison, évidemment: comme être tranquille avec les derniers siècles, comment être serein face à ce qu’il reste de la population originale de tout le continent américain? Quelle place ont-ils eu? Quelles sont les politiques affirmatives qui existent pour eux?

Avec le recul, je m’imagine mal en train de discuter avec eux, de m’approcher du plus chétif (restons prudents, ils étaient armés) et de lui dire: « Alors comme ça, mon vieux, vous êtes un Indiens. » J’ai pris des photos, plus pour que Lívia ne m’étripe pas que par besoin de fixer la scène. Il y avait aussi deux représentants d’autres tribus qui défendaient leurs terres près de Brasília, menacées par un projet d’extension de la ville (dans le secteur nord-est). La pluie a continué, et un des Indiens m’a parlé de la mauvaise qualité du toît, qui laissait passer les gouttes. Et puis, comme elle s’est arrêtée, on a pu tous repartir de notre côté.

Je crois que définitivement, je suis pas du genre à parvenir à débarquer quelque part et adresser la parole à tout le monde sans me préoccuper. Peut-être que si je les revoyais aujourd’hui, et demain, je finirais par oser discuter avec l’un d’entre eux. Malheureusement ça ne se passera pas comme ça: ils vont repartir dans leur Xingu, et moi je continue plus au sud…

J’avais déjà vu la Quarta Colonia et l’Afrique Latine. Ce moment-ci restera à tout jamais gravé dans ma mémoire comme mon premier contact avec le Brésil.

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Comments
One Response to “TEIA 2008 – Mon premier contact avec le Brésil”
  1. synaptique dit :

    Erratum. Maíra m’a rappelé qu’à l’époque de mon premier voyage au Brésil, dans le Rio Grande do Sul, j’avais déjà rencontré des Indiens. C’étaient des Guaranis – ça c’est le nom du groupe, je ne me souviens plus du nom exact. Ils étaient autour des sites archéologiques des anciennes missions jésuites qui étaient installées dans le sud du Brésil, ainsi qu’au Paraguay et en Argentine. Le site le plus important était São Miguel das Missões, où il reste encore pas mal de vestiges debout.

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