À Catú, il y a un Allemand…

Français

Itaparica (tupi) – Encerclée de pierres.

Tout ce que je m’apprête à vous expliquer est rigoureusement authentique. Je ne vous dirai pas qu’on me l’a racontée dans un obscur troquet installé à même le sable de la baie, et ceci pour deux bonnes raisons. La première, parce que ce ne serait pas vrai, et qu’il n’est pas lieu de raconter des gaudrioles. La seconde, qui est aussi la plus simple, parce que cette histoire m’est arrivée personnellement.

Nous avons rencontré Bira le Luthier à Salvador. Il y tient une officine et on dit que c’est même un homme fameux dans toute la baie ; on raconte même qu’il a déjà travaillé pour des gentils. Donc, Bira le Luthier, il nous a mis la puce à l’oreille, comme on dit. Drôlement d’ailleurs, parce qu’on l’a écouté toute la nuit. Ce qu’il nous a raconté, il n’avait pas pu le prouver lui-même, parce que son métier le retenait en ville. Mais il nous assura que tout était véridique.

De l’autre côté de l’île d’Itaparica, raconta donc le Luthier, il y a Catú. C’est un petit village, les habitants y vivent de la pêche et passent leurs journées en mer, qu’il disait. Sur tout son long, il ne faisait pas plus de 100 brassées, face au ponant. Pourquoi les gens ont été s’installer dans ce foutu recoin de l’île, le Luthier ne savait pas dire. Mais ce dont il était certain, c’est qu’on y trouvait un belle source de bonne eau, aussi pure que la meilleure des cachaças. Et pour nous prouver qu’il ne racontait pas de fadaises, il sortit une flasque qu’aurait été remplie sur place. Cette eau, qu’il disait, elle naissait tout juste au bord de plage, et il suffisait de se baisser pour boire. Mais les gens de Catú, nous dit le Luthier comme pour nous mettre en garde, ils aiment pas trop de voir débarquer des étrangers. Ils ont peur qu’on vienne leur voler leur eau. Le seul qui a réussi a gagner leur confiance, c’était un Allemand qui avait débarqué là-bas pour faire fortune. Et on racontait qu’il y était parvenu, le bougre, avec une recette spéciale de crème glacées.

Là-dessus, ni une ni deux, on a réunit l’équipage et on est partis pour Catú. On était persuadés que si l’Allemand avait pu faire fortune tout seul, on aurait pas de mal à lui faire partager son or. Mais les dés se sont rapidement mis à rouler autrement. À peine sortis d’Itaparica, on aurait dit que Neptune nous barrait le chemin. À un moment où on aurait dit que le ciel et la mer ne faisaient plus qu’une imensité d’eau en suspension, balancée à gauche et à droite, on a été obligés de contourner le cap de Berlinque, qu’on aurait aussi bien pu voir disparaître sous nos yeux. Un peu plus tard, on échoua tant bien que mal sur les rives de Cacha Prego.

Comme notre embarcation ne pouvait plus continuer le voyage, on a du louer les services de deux loufiats indigènes, tatoués de la tête au pieds. Ils parlaient notre langue, heureusement, et nous déposèrent à sec sur les rives de Catú. À peine arrivés, Neptune était sur nous. La tempête redoubla alors qu’on était parvenus à mettre la main sur les fameuses sources. Elles étaient cinq, et leur eau était belle et transparente, tout juste comme l’avait dit le Luthier. Il ne nous restait plus qu’à trouver l’Allemand, mais c’était loin d’être joué, car tous les habitants semblaient s’être mis d’accord pour nier les faits. Certains faisaient semblant de ne pas nous comprendre, d’autres refusaient catégoriquement de nous indiquer où trouver l’homme. Au bout de quelques heures, trop ivre pour être honteux, un loufiat a fini par nous indiquer le troquet de Marie l’Aveugle, à l’autre bout du village.

C’est là qu’on a trouvé l’Allemand. Un homme haut et chauve. Il mesurait près de deux mètres et s’exprimait avec la mauvaise langue des Germains. Quand il comprit qu’on était venus pour partager sa fortune, l’homme se mit en rage. Plus tard, on a appris qu’il avait fait ses classes avec un maître d’Orient. Il nous fallu toute l’astuce du monde, et beaucoup de cachaça, pour parvenir à le calmer. Hélàs, trois fois hélàs, son or avait fondu au soleil. De la crème glace, il ne restait plus rien. À peine la bonne odeur de son existence passée.

Or donc, valeureux loups de mers, prenez garde aux histoires qu’on vous raconte au detour d’une nuit étoilée. Il est une chose qu’aucune flasque d’eau pure ne peut vous faire oublier. Un Allemand qui fait des crèmes glacées à Catú, franchement, qui pourrait bien croire à une histoire pareille ?

Português

Itaparica (tupi) – Cercada de pedras.

Tudo o que eu estou prestes a contar para vocês é, rigorosamente, autêntico. Não vou dizer que me foi contado em algum boteco estranho instalado na areia da praia da Bahia, por duas boas razões. A primeira, porque não seria verdade, e aqui não é lugar de falar bobagens. A segunda, porque aquela história eu vivi pessoalmente.

Encontramos Bira o Luthier em Salvador. Ele tem uma oficina e se fala por ali que é um homem famoso na Bahia toda; rumores contam até que já trabalhou para os gentis. Então, Bira o Luthier, ele fez o maior suspenso. E fez tanto que fomos escutando uma noite inteirinha. O que ele contou, não pode comprovar, porque o trabalho pedia o seu tempo todo. Mas assegurou-nos que tudo era verdade.

Do outro lado da ilha de Itaparica, contou o Luthier, tem Catú. É uma aldeiazinha, os moradores vivem da pesca e passam o dia todo no mar, contou. De comprimento, não fazia mais de 100 braças, em frente ao poente. Porque os infelizes moram neste maldito buraco da ilha, o Luthier não soube dizer. Mas ele tinha certeza, é que ali tinha uma bela fonte de água boa, tão pura quanto a melhor das cachaças. E para provar que não contava bobagens, mostrou uma garrafa que foi enchida no local. Esta água, ele falou, brotava bem na praia, e bastava se abaixar para beber. Mas o pessoal de Catú, diz o Luthier para nos prevenir, eles não gostariam de ver chegar gente estranha. Tem medo que roubem a água deles. O único que conseguiu ganhar a confiança deles, foi um Alemão que chegou lá um belo dia e fez fortuna. E o povo contava que o desgraçado fez fortuna com uma receita especial de sorvete.

Assim, sem pensar duas vezes, juntamos a galera e fomos para Catú. Todos estávamos certos de que, se o Alemão fez fortuna sozinho, a gente poderia facilmente compartilhar o seu ouro. Mas os dados começaram logo a rolar em outra direção. Logo na saída de Itaparica, parece que o deus Netuno barrava o caminho. Depois de um tempo, parece que o céu e o mar se misturaram em uma imensidão de água em suspensão, jogada de um lado para o outro, e fomos forçados de contornar o cabo de Berlinque, que poderia bem ter desaparecido na nossa frente. Um pouco mais tarde, acabamos mais ou menos salvos nas margens de Cacha Prego.

Já que o nosso barco não podia continuar a viagem, tivemos que pagar o serviço de dois malandros locais, tatuados da cabeça aos pés. Falavam a nossa língua, felizmente, e nos levaram até as praias de Catú. Logo na chegada, Netuno já estava sobre nós. A tempestade redobrou de força enquanto encontramos as famosas fontes. Tinha cinco dela, e a água era limpa e transparente, bem como falou o Luthier. Restava achar o Alemão. Não foi fácil, porque os moradores pareciam todos ligados para negar os fatos. Alguns fingiam não entender nada, outros se recusavam indicar onde achar o homem. Depois de algumas horas, bêbado de mais para se envergonhar, um velho infeliz acabou por indicar o boteco da Maria Cega, do outro lado da aldeia.

Foi ali que encontramos o Alemão. Um sujeito alto e careca. Media uns bons sete pés de altura, e falava com a má língua dos Germanos. Quando entendeu que vimos para compartilhar a sua fortuna, ele ficou brabo. Mais tarde, ouvimos dizer que tomou aulas com um mestre do Oriente. Precisamos de toda a malandragem e a cachaça do mundo, para acalmá-lo. Azar, puro azar, o seu ouro tinha derretido no sol. Do sorvete, não sobrava nada. Nem sequer o bom cheiro da sua existência passada.

Portanto, então, queridos lobos do mar, tomam cuidado com as histórias que se contam sobre uma noite estrelada. Se tem uma coisa que garrafa de água pura alguma não pode vos fazer esquecer, é essa: um Alemão que faz sorvete em Catú, por favor, quem é que vai cair nessa?

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Comments
One Response to “À Catú, il y a un Allemand…”
  1. Davi Cruz dit :

    Gostaria de um telefone de contato ou endereço do luthier Bira. Você postou uma história falando sobre ele. Sou músico e estava fora da Bahia e perdi o contato com ele.

    Grato

    Davi Cruz

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