Braquage religieux

(fr)

Le bus s’est fait braquer. Mais pas par n’importe qui. C’étaient trois fanatiques. De vraies folles. Elles nous ont menacés, insultés, traités de tous les noms. Avant de quitter le véhicule dans une petite ville, sous un soleil de plomb, l’une d’entre elles – la meneuse – a même essayé de détourner le bus, en promettant monts et merveilles au chauffeur.

Tout avait pourtant bien commencé. Il faut dire que les bus de la compagnie qui relie Salvador à São Gonçalo sont de plus en plus vieux. La semaine passée, même le plus récent avait coulé une bièle sur l’autoroute, en plein coeur de la zone brûlée de la canne-à-sucre. Ça arrive de plus en plus souvent, tout le monde râle, mais dans le fond, on est déjà habitués. Et ce jour-là, donc, le moteur était bien parti. Il ronronnait tranquillement, et on pensait arriver sains et saufs à destination. C’était sans compter les trois folles.

Elles sont montées dans la périphérie de Salvador, dans une ville de banlieue appelée Candeias. On raconte qu’il y a une source miraculeuse à Candeias, et que les pélerins s’y réunissent par miliers. Ceci explique peut-être ce qui nous arriva par la suite. Car à peine installées, ce qui ressemblait à trois gentilles dames de bien se révéla un monstrueux groupe d’extrémistes religieuses. Des fanatiques. Plus tard, je me suis rappelé qu’elles avaient la robe en-dessous du genou – un indice qui ne trompe pas. Al-Qaeda prépares-toi, tu n’as encore rien vu.

Le phénomène est encore en pleine gestation. Il ne se dévoilera sans doute que dans quelques décennies. On raconte pourtant déjà que partout en Amérique du Sud, des gangs adoptent la ferveur religieuse comme pièce d’identité (opendemocracy en). Ceux-ci sont baptistes, ceux-là sont évangéliques. Ils forment tous une nébuleuse protestante, néo-calviniste, qui a trouvé un sol fécond sur le continent américain, au nord comme au sud. J’utilise le mot nébuleuse à dessein, le même mot qui sert à décrire les groupes terroristes. Ils sont organisés en cellules autonomes, comme les églises protestantes, avec un seul mode opératoire commun. La très Sainte Bible.

Quand la plus puissante des trois fanatiques s’est relevée de son fauteuil, personne n’a bronché. La petite dame a ses raisons, une hernie peut-être? Elle s’est tournée vers nous, a levé un doigt au ciel, puis elle a parlé. Pendant des heures. Au fur et à mesure de son discours, et face à l’incompréhension générale, son visage a pris plusieurs formes. Son regard, d’abord pressant, s’est fait incarné, autoritaire, cruel, et révulsé. Elle est restée droit comme un piquet, aggripée d’une seule main au dossier de sa banquette, pour ne pas tomber quand le bus passait au-dessus d’un trou dans l’asphalte. De l’autre, elle balayait l’espace, indiquant à l’un ou l’autre que la réponse viendrait d’en haut.

Son discours était clair, précis, sans faille. Le monde se divise en deux catégories. D’un côté, on a le Bien. Ce sont ceux qui ont reconnu et accepté Jésus. De l’autre côté, il y a le Mal. Les trafiquants et les prostituées. Sodome et Gomorrhe. C’est là, évidemment, que nous nous trouvions tous. Je suis trafiquant, tu es prostituée. C’est une évidence. Que seuls les aveugles ne peuvent reconnaître. À moins que ce soit parce qu’ils ne veulent pas, ce qui expliquerait pourquoi ils sont aussi Mauvais. Qu’importe.

À la fin de sa prêche maladive, alors qu’elle avait déjà l’air possédée par autre chose que la sainteté, elle s’est mise à prononcer des paroles dans une langue étrangère, sans doute orientale – j’aurais dit de l’hébreu ou mieux, de l’araméen, plus approprié pour la circonstance. Pendant tout ce temps, je n’ai vu que les mains levées au ciel des deux autres folles, occupées à prier. Finalement, la fanatique s’est assise à son tour, exténuée par l’effort – ainsi que par la force de ses propos, à n’en point douter. Rapidement, elle s’est endormie.

En arrivant aux alentours d »Amélia Rodrigues, toujours sur la BR-324, elles se sont levées, ont demandé au chauffeur de s’arrêter, et elles sont sorties. Nous avons tous recommencé à respirer. Plus tard, je me suis rendu compte d’une chose. Étrangement, le bus n’a pas cassé. C’est un miracle. Je cours m’inscrire dans une église.

(pt)

O ônibus foi assaltado. Mas não foi qualquer um, não. Eram três. Três fanáticas. Nos ameaçaram, nos insultaram, nos trataram de todos os nomes. Antes de deixar o veículo em uma pequena cidade, fritando no sol, uma delas – a lider do grupo – até tentou desviar o ônibus, prometendo maravilhas para o motorista.

Tudo tinha começado bem. É preciso admitir que os ônibus da compania que liga Salvador e São Gonçalo são cada vez mais acabados. A semana passada, até o mais novo tinha quebrado na BR, bem no meio da zone queimada da cana-de-açucar. Acontece cada vez mais. Todo mundo reclama mas no fundo, já estamos acostumados. E nesse dia, então, o motor rodava bem. A gente até pensava que ia chegar salvo no destino. Era sem contar com três doidas.

Subiram na periferia de Salvador, em uma pequena cidade chamada Candeias. Conta-se que lá tem uma fonte milagrosa, e que fieis se reunem ai por milhares, cada ano. Isso poderia explicar o que aconteceu. Pois, mal acabarando de sentar, o que parecia até então três simpáticas velhinas do bem se revelou um monstruoso grupo de extremistas religiosas. Fanáticas. Mais tarde, eu lembrei ter notado que tinham a saia de baixo do joelho – aquilo não me enganará nunca mais. Al-Qaeda que se prepare, ainda não viu nada.

O fenômeno ainda está nascendo. Apenas aparecerá daqui umas décadas. Parece no entanto, que em toda as Américas, gangues adotam a fé religiosa como documento de identidade (opendemocracy en). Aqueles são batistas. Estes são evangêlicos. Formam uma nebolusa protestante, neo-calvinista, que encontrou um campo fertil no continente americano, seja no sul como no norte. Uso da palavra nebulosa, a mesma que serve para descrever alguns grupos terroristas. Estão organizados em celulas autônomas, como as igrejas protestantes, com um único modo de operação. A muito Santa Bíblia.

Quando a mais poderosa das fanáticas levanto da poltrona, ninguém notou. A dona deve ter as suas razões – uma hernia, talvez? Ela se voltou para a gente, levantou um dedo para o ceú e falou. Horas. Ao longo do discurso, em frente a incompreensão geral, a sua cara passou por diversas formas. O seu olhar, ancioso no início, se fez incarnado, autoritário, cruel, revulsado. Ela ficou reta como uma tabua, segurando a poltrona de uma mão, para não cair sempre que o ônibus passava em cima de um burraco no asfalto. Da outra mão, varria o espaço, indicando a todos que a resposta viria de cima.

O seu discurso foi claro, preciso, sem falha. O mundo se divide em duas categorias. De um lado, temos o Bem. Aqueles que reconheceram e aceitaram Jesus. Do outro, o Mal. Traficantes e prostitutas. Sodoma e Gomorrha. É ai, naturalmente, que nós estavamos todos. Sou traficante. Você é prostituta. É evidente. Só têm cegos para não saber isso. E até eles, só se não querem, e isso explicaria porque são tão Maus. Não importa.

No final da prega doente, enquanto já parecia possuida por outra coisa que a santidade, começou a falar palavras em alguma outra lingua do estrangeiro, talvez oriental – pensei hebraíco, ou melhor, aramaíco – seria mais apropriado. Durante todo este tempo, eu via as mãos das duas outras, levantadas para o ceú, rezando algo. Finalmente, a fanática sentou também, cansada pelo esforço – assim como pela força das suas palavras, sem dúvida. Rapidamente, ela se adormeceu.

Por volta de Amélia Rodrigues, ainda na BR-324, as três levantaram e pediram para o motorista parar o veículo. Sairam, e recomeçamos a respirar. Mais tarde, eu me dei conta de algo importante. Fato estranho, o ônibus não tinha quebrado. Foi um milagre. Estou indo me matricular em algum templo por aí.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :