Sur ce qui se passe là-haut

(fr)

Dans les montagnes, sur les sommets des Andes, les habitudes culturelles amérindiennes ont traversé les cinq dernier siècles pour s’installer au beau milieu d’une société moderne. En plein XXIème siècle. Dans les rues de Cochabamba, La Paz ou El Alto, les cholas (les Indiennes des villes) portent toujours leurs enfants dans une pièce de tissu coloré nouée sur les épaules. Elles mâchent des feuilles de coca. Elles parlent Quechua ou Aymara, ou les deux, presque partout. Et elles vendent des DVDs pirates, un IPod dans la main.

Bref, ça ressemble à de l’intégration… si on y regarde pas de trop près. La Bolivie est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique Latine. L’autre, c’est Haïti. Les femmes qui mendient en rue, simplement assises sur le pas d’une porte, sont aussi irrémédiablement toutes des cholas, en tenue typique. Comme dans le Pérou voisin, on cherche à implanter des usines dans la région amazonienne (gaz, métaux, pétrole…), malgré l’opposition parfois violente des tribus indigènes qui habitent la région.

Au Brésil, la question indienne se pose dans cette forme: comment assurer le développement économique des régions indigènes (voir du pays tout entier) sans mettre en péril les traditions culturelles originales des peuples indigènes? Société traditionnelle et modernité semblent s’opposer de manière insoluble et, suivant la logique de la propre question, les Indigènes seront forcés de disparaître dans la société « brésilienne ». Les chocs violents entre tribus et mégaprojets de croissance régionale sont régulièrement présentés comme la preuve que la question est insoluble. L’un des deux doit disparaître, et aucune personne saine d’esprit ne douterait du bienfondé de la société moderne. Au fond, la question indienne est renvoyée aux Indiens: dans le meilleur des cas, c’est à eux de choisir. Comment préfèrent-ils disparaître?

En Bolivie, l’imposition de la société coloniale n’a pas signifié la perte des valeurs et des traditions amérindiennes. En tout cas, pas entièrement. Plus largement, le colonialisme n’a pas signifié l’erradication de la population autochtone. Les Indiens comptent aujourd’hui pour plus de 50% de la population, à côté des 30% de métisses. Les institutions coloniales, comme l’armée, sont quant à elles réservées plus hispanisés. En se justifiant sur la petite taille des Indiens, qui n’est probablement pas suffisamment règlementaire.

À Bahia, les choses sont différentes. À commencer par l’erradication des Indiens par le pouvoir colonial, puis national, estimée à plus de 5 millions (on compte 750.000 Indiens aujourd’hui au Brésil, dont 38% vivent sous le seuil de pauvreté). Aujourd’hui il semble quand même que le nombre d’Indiens soit de nouveau à la hausse, mais pas suffisamment pour pouvoir faire une analogie avec le processus historique bolivien. En revanche, l’expérience des Indiens des Andes peut s’avérer intéressante pour une autre partie de la population bahianaise, qui vit dans une situation similaire, au moins au niveau socio-politique, les Noirs. Largement absents des hautes institutions publiques (justice, armée, politique), ils représentent néanmoins une large proportion de la société – encore plus si l’on tient compte du battage médiatique sur le mythe de la démocratie raciale. Culturellement, l’esclavage leur a ôté tout lien avec l’Afrique – ils ne peuvent donc pas s’appuyer sur le passé de l’Empire Inca pour construite un imaginaire face à la modernité occidentale.

Comment la reconstruction de la société bolivienne peut-elle se produire en partant des communautés indigènes, muselées par le système colonial puis sous la dictature, et réduites au silence par le Consensus de Washington? Comment est-il possible alors de recomposer la société bahianaise à partir de l’immense majorité de sa population noire de peau, réduite en esclavage par le système colonial et républicain, puis maintenue 30 ans sous la botte d’Antônio Carlos Magalhães? Tout cela, à l’intérieur du système fédéral brésilien, c’est á dire en comptant sur les critiques de médias installés dans des régions où la population s’est composée à partir d’une immigration différente.

Sur la Isla del Sol, en plein milieu du Lac Titicaca, il y a trois communautés autochtones: Challapampa, Challa et Yumani. Pour débarquer sur l’île et visiter les ruines ou faire de la randonnée, les touristes doivent payer. C’est pas grand chose, quand on y pense, à peine 1 euro. Sur les quais, à la sortie du bateau, les Indiennes montent une sorte de douane, leur carnet de billets à la main. Au début ça m’a énervé de devoir payer pour tout. Et puis j’ai réfléchit (Livia m’a aidé): ah, on paie enfin. Grâce à cela, ils sont en train de construire une école, et il y a les plans d’une clinique. C’est une manière de ramener les intérêts de la population au niveau opérationnel, pour emprunter un vocabulaire de marketing, sans pour autant porter préjudice à l’exploitation des (seules) ressources naturelles et historiques de l’île.

La vision portée sur la Bolivie se résume souvent à Hugo Chavez, dont Morales serait un fidèle larbin. C’est une interprétation possible à condition d’ignorer tout le fond socio-culturel sur lequel le mouvement néo-indigéniste s’est lentement construit – et continue à se construire. C’est une interprétation qui convient bien à ceux qui préfèrent vivre dans une supposée démocratie raciale, plutôt que de commencer à construire un milieu socialement équilibré. En fait, le changement dont Morales est le reflet est bien plus important qu’un simple socialisme du XXIème siècle.

(pt)

Nas montanhas, no topo dos Andes, os hábitos culturais índios atravessaram os cinco últimos séculos até chegar em uma sociedade moderna. Em pleno século XXI. Nas ruas de Cochabamba, La Paz ou El Alto, as cholas (Índias das cidades) carregam as crianças num tecido colorido fechado nos ombros. Elas mastigam folhas de coca. Falam quéchua ou aymara, ou ambas, em todos os lugares. E vendem DVDs piratas, o IPod na mão.

Então, até parece integração… se não olhamos de muito perto. A Bolívia é um dos países mais pobres da América Latina. O outro, é Haiti. As mulheres que mendigam nas ruas, simplesmente sentadas nas portas das casas, são também sempre cholas, com vestidos típicos. Como no Peru vizinho, buscam implantar fábricas na região amazônica (gás, metais, petróleo…), mesmo com a oposição as vezes violenta dos tribos indígenas que ali moram.

No Brasil, a questão indígena se coloca desta forma: como segurar o desenvolvimento econômico das regiões indígenas (ou do país todo) sem ameaçar as tradições culturais originais dos povos indígenas? Sociedade tradicional e modernidade parecem opor-se de maneira insolvável e, segundo a lógica da própria questão, os Indígenas serão forçados a desaparecer na sociedade “brasileira”. Os choques violentos entre tribos e mega-projetos de crescimento regional são regularmente apresentados como a prova da insolubilidade da questão. Um dos dois deve desaparecer, e nenhuma pessoa sana poderia duvidar do bem que há na sociedade moderna. No final, a questão indígena é jogada para os próprios Índios: no melhor dos casos, eles devem decidir. De que jeito eles preferem desaparecer?

Na Bolívia, a imposição da sociedade colonial não significou a perda dos valores e tradições indígenas. Ou melhor, não significou totalmente. De modo mais amplo, o colonialismo não significou a erradicação da população autóctone. Os Índios contem hoje com mais de 50% da população, junto com 30% de mestiços. As instituições coloniais, tipo o exercito, estão no entanto reservadas aos mais hispanizados. Baseando-se no fato que os Índios são baixinhos, e não alcancem o tamanho regulamentar.

Na Bahia, as coisas são diferentes. A começar pela erradicação dos Índios pelo poder colonial, e depois nacional, estimado a mais de 5 milhões para o país todo (contam-se hoje 750.000 Índios no Brasil, e 38% deles vivem abaixo da linha da pobreza). Hoje, mesmo se os números da população indígena voltaram a subir, estamos longe de poder fazer uma analogia qualquer com o processo histórico boliviano. Por outro lado, a experiência dos Índios dos Andes se revela interessante para uma outra parte da população baiana, que vivem em uma situação comparável, pelo menos ao nível sóciopolítico, os Negros. Amplamente ausentes das instituições públicas (justiça, exercito, política), eles representam um grande proporção da sociedade – ainda mais quando tomamos em conta as campanhas das mídias voltadas para o mito da democracia racial. Culturalmente, a escravidão apagou toda ligação com a África – assim, não podem se apoiar no passado do Império Inca para construir um imaginário contra a modernidade ocidental.

Como a reconstrução da sociedade boliviana pode acontecer a partir das comunidades indígenas, algemadas pelo sistema colonial e na ditadura, e reduzidas ao silencio pelo Consenso de Washington? Como é possível recompor a sociedade baiana a partir da imensa maioria da sua população negra, escravizada pelo sistema colonial e republicano, e mantida durante 30 anos nas mãos de Antônio Carlos Magalhães? Isso tudo dentro do sistema federal brasileiro, ou seja, contando com as críticas de mídias instaladas em regiões onde a população foi composta a partir diferentes migrações.

Na Isla del Sol, no meio do Lago Titicaca, existem três comunidades autóctones: Challapampa, Challa e Yumani. Para desembarcar na ilha e visitar as ruínas ou fazer trilhas, os turistas devem pagar. Não é muita coisa, quando se pensa, apenas 2 ou 3 reais. No porto, na saída do barco, as Indígenas montam um tipo de alfândega, um caderno de bilhetes na mão. No início, fiquei chateado de ter que pagar por tudo. Depois eu pensei (Lívia me ajudou): ah, finalmente pagamos. Com isso, estão construindo uma escola, e já tem planos para uma clínica. É uma maneira de voltar os interesses da população ao nível operacional (para usar uma terminologia de marketeiro), sem prejudicar a exploração dos (únicos) recursos naturais e históricos da ilha.

A visão que se tem da Bolivia, regularmente se resume a Hugo Chavez, do qual Morales seria apenas um fiel doméstico. É uma interpretação possível a condição de ignorar o fundo sociocultural sobre o qual o movimento neo-indígenista se construiu – e continua a se construir. É uma interpretação conveniente para quem prefere viver numa suposta democracia racial, em vez de começar a construir um meio socialmente equilibrado. Na realidade, a mudança, da qual Morales é o espelho, é muito mais importante que o socialismo do século XXI.

Publicités
Comments
One Response to “Sur ce qui se passe là-haut”
Trackbacks
Check out what others are saying...


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :