De la répression à l’heure du déjeuner

Tous les jours, les opérations de répression au crime de la police sont diffusées sur plusieurs canaux de télévision dans tout le pays. À Bahia, c’est un spectacle qui s’offre à l’heure de midi. Et partout au Brésil, le repas principal se prend au déjeuner.

Et les histoires se succèdent à un rythme scandaleux : un homme lacéré par son voisin pour une sombre affaire de femmes, un clochard surpris en possession d’un sachet d’herbe, une intervention dans la favela pour prendre un dangereux dealer de crack, une fouille sur tous les clients d’un petit bar, ou sur des adolescents qui traînent dans la rue à une heure indécente…

Il n’en faut pas plus pour que les journalistes soumettent les accusés à la question, sous le feu des projecteurs. La plupart du temps, ils en appellent à la morale des braves téléspectateurs indignés :

« N’as-tu pas honte d’être dans la rue à une telle heure ? Que dirait ta mère ? »
« Regardez-le bien mesdames et messieurs, cet homme est en possession d’un sachet d’herbe ! »
« Prenez garde, car c’est peut-être elle qui vendra du crack à vos enfants ! »

Outre la question des droits dont les supposés criminels semblent avoir tout perdu, il y a quelque chose de plus étrange encore. Quand on demande aux gens ce qu’ils pensent de ce genre de programme, ils répondent généralement « c’est la réalité, ça se passe vraiment, donc c’est normal que ça passe à la télé. »

C’est vrai qu’idéalement – surtout lorsqu’on prend un échantillon de nombreuses chaînes – la télévision donne une image fidèle de la réalité. C’est le principe de la liberté de la presse : en faisant la moyenne de tout ce que les journalistes disent, même si certains se trompent, on obtient l’image la meilleure possible. Donc si la moitié des chaînes offre un programme orienté sur la répression du crime, c’est qu’il s’agit là des principales actualités. Conclusion logique : à Salvador (en fait, partout dans le pays), c’est le règne de la criminalité et de la répression. Le Bien, le Mal et la Guerre Perpétuelle. Premier niveau de réalité.

Un peu de jugeotte s’impose. Il se passe un tas d’autres choses, entre autres non-violentes, dont il n’est jamais question dans ces programmes. Ceux-ci sont donc construits de manière à ne présenter qu’une seule facette de la vie quotidienne, celle de la police. « Pour restaurer l’honneur de la corporation, » nous dira-t-on. La routine des patrouilles, le danger des interventions, la vie de commissariat…

Obéissant à un projet socio-politique presque avoué, on peut se demander deux choses :

  • D’où vient le manque d’auto-estime des policiers ?
  • Quel sont les conséquences sur le psychisme de l’ensemble de la population ?

La première question pose d’emblée celle du rapport entre le maintien de l’ordre et le pouvoir – c’est-à-dire le maintien de quel ordre. La Police Militaire est sous contrôle des États, où de nombreuses dynasties politiques sont au pouvoir depuis deux, parfois trois générations. Notamment, sous la dictature. À Bahia, Antônio Carlos Magalhães est arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État. Au Maranhão, José Sarney a fait sa carrière dans l’ARENA, le parti des golpistes. Main armée du pouvoir, la police militaire a longtemps été chargée du sâle travail des généraux. Un travail sâle qui semble encore plus pourri aujourd’hui, sous un régime démocratique. Pourtant, on parle plus souvent encore du manque d’estime de soi des professeurs, dont certains arrivent à donner 60 heures par semaine, rien qu’en salle de classe – plus qu’un ouvrier de la métallurgie.

La deuxième question n’est pas très difficile. Quel effet peut bien avoir sur la population la programmation quotidienne des pires crimes commis dans une région donnée ? À Salvador (en fait, partout dans le pays) ce n’est pas le crime qui règne, c’est la peur au ventre. Tout le monde s’enferme derrière du grillage électrifié, et ceux qui en ont les moyens embauchent des compagnies de sécurité privées. Deuxième niveau de réalité.

Todos os dias, operações de repressão ao crime pela polícia estão programadas em vários canais de televisão no país todo. Na Bahia, o espetáculo acontece na hora do almoço. Bem na hora da principal refeição do dia.

As histórias se sucedem em um ritmo enérgico : um homem esfaqueado por um vizinho por causa de mulheres, um sem-têto dormindo com um saquinho de maconha, uma intervenção numa perigosa favela para prender um perigoso dealer de crack, a revista de todos os clientes de um barzinho, ou alguns adolescentes na rua, tarde na madrugada…

Não precisa mais para os jornalistas submeter os acusados à questão, de baixo dos projetores. A maioria do tempo, apelam à boa moralidade dos telespectadores indignados :

« Tu não tens vergonha de estar na rua nesta hora ? O que falaria a sua mãe ? »
«  Olhem bem, senhoras e senhores, este homem foi flagrado com um saquinho de maconha ! »
« Cuidado, pois pode ser ela que aliciará o seu filho com crack ! »

Além dos direitos que estes supostos criminais parecem ter perdido, há alguma coisa mais estranha ainda. Quando perguntamos às pessoas o que elas acham deste tipo de programa, respondem « é a realidade, acontece mesmo então, é normal que passe na televisão. »

É verdade que idealmente – sobretudo se considerar vários canais – a televisão dá uma imagem fiel da realidade. É o princípio da liberdade da imprensa : fazendo a média de tudo o que os jornalistas dizem, mesmo quando alguns erram, obtemos a melhor imagem possível. Então, se a metade dos canais oferecem um programa voltado para a repressão do crime, quer dizer que são as principais notícias do dia. Conclusão lógica : em Salvador (na verdade, no país todo), é o reino da criminalidade e da repressão. O Bem, o Mal e a Guerra Perpetual. Primeiro nível de realidade.

Vamos raciocinar um pouco. Acontece um monte de outras coisas, também não-violentas, que nunca aparecem nestes programas. Com efeito, estes estão construidos de tal modo que apresentam um lado apenas da vida cotidiana, o da polícia. « Para restaurar a honra da corporação, » dizem. A rotina da ronda, o perigo das intervenções, a vida da delegacia…

Obedecendo a um projeto socio-político quase abertamente, podemos nos perguntar duas coisas :

  • De onde vem a falta de auto-estima dos policiais ?
  • Quais são as consequências sobre o psiquismo da população ?

A primeira pergunta trata da relação entre as forças da ordem e o poder – ou seja, as forças de que poder. A Polícia Militar está sob controle dos Estados, onde numerosas dinastias políticas estão no poder há duas, três gerações. Por exemplo, durante a ditadura. Na Bahia, Antônio Carlos Magalhães chegou no poder após o golpe de Estado. No Maranhão, José Sarney fez carreira na ARENA, o partido dos golpistas. Mão armada do poder, a policia militar foi sempre emcarregada do trabalho sujo dos generais. Trabalho sujo que aparece ainda mais podre hoje, num regime democrático. No entanto, se fala ainda mais da falta de auto-estima dos professores, que chegam a trabalhar 60 horas por semana, contando apenas as horas na sala de aula – mais que um metalúrgico.

A segunda pergunta não é muito complicada. Que efeito poderia ter na população a programação cotidiana des piores crimes cometidos em uma região ? Em Salvador (na verdade, no país todo) não é o crime que reina, é o medo. Todo mundo se tranca atrás de grades electrificadas, e aqueles bastante ricos contratam seguranças privadas. Segundo nível de realidade.

A ler: Coisas que inquietam – Na mira de quem?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :