Amazonie: l’aventure coloniale du Brésil

Appliquer le concept de colonisation au Brésil renvoie presque invariablement à la période historique de la domination portugaise, de 1500 à 1822. C’est ce qu’on pourrait appeler l’époque coloniale classique, commune à d’autres puissances européennes dont le territoire s’était brusquement agrandi avec la conquête des nouvelles terres américaines. Dans ces colonies, des structures ont été mises en place pour faciliter l’exploitation des ressources – d’abord le pau brasil, dont la sève est un colorant naturel, puis la canne-à-sucre et les métaux précieux. Lorsque les nations européennes tentent aujourd’hui de valoriser leur action coloniale (voir les Belges au Congo selon Louis Michel), elles mettent l’accent sur la construction des routes et des écoles, sans mentionner le fait que l’ensemble des travaux ne prenait son véritable sens qu’au bénéfice de la métropole (les jeunes formés étant employés dans les entreprises coloniales, dont la production était acheminée jusqu’aux ports puis exportée). Le développement récent d’une « nouvelle histoire » du Brésil, centrée sur la personne du Noir réduit en esclavage, contribue à mieux connaître la réalité de ces structures.

Pourtant, le terme colonisation a été utilisé à nouveau dans la seconde moitié du XXème siècle, lorsqu’il a été question d’amener la modernité au milieu de la forêt amazonienne. À partir des années 70 surtout, soit en pleine dictature militaire (et à l’époque où les colonies africaines retrouvaient leur indépendance), de nombreux plans et initiatives gouvernementales ont été mis en place pour favoriser le déplacement de populations du sud et du nord-est du pays en direction de la frontière végétale que constitue l’Amazonie : le Plano de Integração Nacional, créé le 16 juin 1970, reprit le slogan d’une « terre sans hommes pour des hommes sans terre. » À celui-ci était réservé le rôle d’ouvrir la forêt le long des routes, comme la fameuse Transamazonienne, et de fonder des communautés modernes, par opposition aux seringueiros (cultivateurs de caoutchouc) et aux Indiens. Ces deux groupes, jusqu’alors opposés, trouvèrent d’ailleurs là un terrain d’entente.

À la suite des premières vagues de colons, dont la plupart n’est jamais parvenue à vraiment s’installer sur place, sont apparus de nouveaux acteurs : latifundios, grandes coopératives, entreprises nationales et étrangères se sont implantées sur les terres fraîchement ouvertes. Et de nouveaux projets ont suivi, dont de gigantesques complexes de barrages sur les grands fleuves, comme le Rio Tapajós et le Rio Xingú. Sur le complexe d’Altamira, était prevue une production permettant d’assurer le futur énergétique du pays – notamment le barrage de Babaquara (6600 MW) et celui de Kararaô (11000 MW). Dans les années 80, lorsque le projet de la compagnie Eletronorte a été publié, il a provoqué une levée de boucliers de la part des populations directement touchées, notamment grâce à la publicité donnée par Sting au chef indien caiapó Raoni Metuktire (qui apparaît à de nombreuses reprises dans les documentaires de Washington Novais, Xingú – Terra Ameaçada, 2007). Il y a quelques mois, il a reçu un nouveau soutien international, cette fois de James Cameron et de l’équipe du film « Avatar » (il a été reçu par TF1 un peu plus tard).

Inclu dans le programme Avança Brasil du Président Fernando Henrique Cardoso, puis dans le Programa de Aceleração do Crescimento (PAC) du Président Luis Inácio Lula da Silva, monté par l’ex-Ministre et actuelle candidate à la présidence Dilma Roussef, le projet de construction de barrages sur le Rio Xingu est réapparu sous le nom de Belo Monte. L’usine hydroélectrique proposée n’a plus la même ampleur, mais le problème de fond subsiste : l’exploitation à grande échelle des ressources naturelles en région amazonienne provoque invariablement une pression énorme sur l’écosystème tout entier. La montée du prix des terres dans la région du réservoir du barrage entraîne l’installation de grandes exploitations destinées à l’exportation (où les prix sont meilleurs – c’est ce qui s’est passé avec les barrages sur le Rio São Francisco, à Bahia), tandis que les petits propriétaires seront repoussés plus au nord – comme cela a déjà été le cas dans les décennies passées, repoussant toujours plus loin l’horizon de l’occupation humaine sur la forêt. La production énergétique, quant à elle, permettrait théoriquement aux grandes villes du sud, São Paulo et Rio de Janeiro, de ne plus risquer de panne électrique.

La question de la colonisation amazonienne apparaît régulièrement sous l’angle de la légitimité du pays à exploiter une région située à l’intérieur de ses frontières nationales. De la même manière, l’accent est mis sur le fait que toutes les populations concernées sont – et se reconnaissent – brésiliennes. Ainsi le discours officiel (et médiatisé) justifie l’exploitation des ressources de la région par le sac sans fond de l’intérêt national. Les critiques, quant à elles, sont présentées comme le résultat de la manipulation des populations locales par des acteurs au service de puissances étrangères (voire même de puissants étrangers).

Pourtant, force est de constater que les mécanismes implantés pour la modernisation de la région amazonienne et le futur énergétique du pays font écho à ceux utilisés par les puissances coloniales classiques (en remplaçant les mains coupées par l’assassinat pur et simple). Le développement qui est proposé aux populations locales est provoqué par des acteurs externes, au bénéfice de l’extérieur : géographiquement, São Paulo est aussi distant du Xingú que ne l’est Bruxelles du Dniepr, et financièrement, les fonds du BNDS dépendent plus du poumon économique du pays que de la zone franche de Manaus.

Enfin, reste le principal. L’étude d’impact environnemental fourni par la compagnie Eletrobras au IBAMA comprend de graves lacunes, révélées par une analyse réalisée par un groupe de scientifiques brésiliens et étrangers en septembre 2009. Ceux-ci ont mis en évidence l’extrême fragilité des arguments avancés par les constructeurs du projet : les impacts négatifs sont minimisés ou simplement omis, et les bénéfices enflés. La population humaine, animale et végétale est sous-estimée, les communautés indigènes reléguées dans les catégories « influence indirecte » et la gestion des problèmes sociaux laissée à d’obscurs programmes, dont le contenu n’est évidemment pas détaillé. La pression sur les terres et l’ouverture d’un nouveau front pour la déforestation ne sont pas abordés. Et la presse nationale d’emboîter le pas.

Au fond, Belo Monte met en évidence un phénomène peu agréable : lorsqu’on cherche à comprendre sur qui le Brésil s’appuie pour s’élever au rang international qu’il s’est promis, il n’est peut-être pas nécessaire d’aller chercher dans le reste de l’Amérique du Sud ou en Afrique, à l’image du chemin emprunté par les puissance européennes : la réponse peut simplement se trouver en Amazonie.

Aplicar o conceito de colonização ao Brasil leva quase sempre ao período histórico do domínio português, de 1500 até 1822. Poderiamos chamar ele de época colonial clássica, comum às outras potências européias cujo território se expandiu com a conquista das novas terras americanas. Nas colonias, estruturas foram erguidas para facilitar a exploração dos recursos – primeiro o pau brasil, como corante natural, depois a cana e os metais. E quando as nações européias tentam hoje de valorizar a sua ação colonial (ver os Belgas no Congo segundo Louis Michel), insistem sobre a construção de estradas e de escolas, sem lembrar que todas as obras faziam sentido apenas para a metropole (os jovens formados sendo empregados nas empresas coloniais, cuja produção fora levada para os portos e exportada). O nascimento recente de uma « nova história » no Brasil, centrada na pessoa do Negro escravizado, contribua a conhecer a realidade destas estruturas.

No entanto, o termo de colonização foi novamente utilizado na segunda metade do Século 20, quando se tratou de levar a modernidade no meio da floresta amazônica. A partir dos anos 70, em plena ditadura (e na época em que as colonias africanas retomavam as suas independências), vários planos e iniciativas governamentais favoreceram o envio de populações do sul e do nordeste do país em direção à fronteira vegetal da Amazônia : o Plano de Integração Nacional, criado no dia 16 de junho de 1970, utilizava o slogã da « terra sem homens para homens sem terra. » A estes a tarefa de abrir a floresta ao longo das estradas, como a famosa Transamazônica, e de fundar comunidades modernas, em oposição aos seringueiros e aos Índios. Estes dois grupos, até então opostos, encontraram aí um motivo de entendimento.

Logo após as primeiras ondas de colônos, cuja maioria nunca conseguiu realmente a se estabelecer, apareceram novos atores : latifundios, grandes cooperativas, empresas nacionais ou estrangeiras se instalaram nas terras recentemente desmatadas. E grandes obras públicas seguiram : imensos complexos de barragens no maiores rios, como o Rio Tapajós e o Rio Xingú. No complexo de Altamira, fora prevista uma produção que permitiria assegurar o futuro energético do país – sobretudo nas barragens de Babaquara (6000 MW) e de Kararâo (11000 MW). Nos anos 80, quando o projeto da empresa Eletronorte foi publicado, provocou uma forte oposição das populações envolvidas, nomeadamente com a publicidade do Sting para o Índio Caiapó Raoni Metuktire (que aparece muito nos documentários do Washington Novaes, Xingú – Terra Ameaçada, 2007). Alguns meses atrás, recebeu um novo apoio internacional, desta vez James Cameron e a equipe do filme « Avatar » (depois, foi recebido no canal francês TF1).

Incluido no programa Avança Brasil do Presidente Fernando Henrique Cardoso, e depois no Programa de Aceleração do Crescimento (PAC) do Presidente Luis Inácio Lula da Silva, que foi compilado pela ex-Ministra e atual candidata a Presidência Dilma Roussef, o projeto de construção de barragens no Rio Xingú reapareceu com um novo nome, Belo Monte. A usina hidroelétrica proposta não tem mais o mesmo tamanho, mas o fundo do problema permanece igual : a exploração em grande escala dos recursos maturais da região amazônica provoca inevitavelmente uma pressão enorme do ecosistema inteiro. A inflação dos preços da terra na região do reservatório levará à instalação de grandes propriedades voltadas para a exportação (onde os preços são melhores – foi o que aconteceu na Bahia, com as barragens no Rio São Francisco), enquanto os pequenos proprietários estão empurrados para o norte – como foi o caso nas décadas passadas, ampliando sempre o horizonte da ocupação humana sobre a floresta. A produção energética, por seu lado, permitiria teoricamente às grandes cidades do sul, São Paulo e Rio de Janeiro, não temer mais apagões.

A questão da colonização amazônica aparece regularmente no ângulo da legitimidade do país em explorar uma região situada dentro das suas fronteiras nacionais. Do mesmo modo, insistem sobre o fato que todas as populações são – e se reconhecem – brasileiras. Assim, o discurso oficial (e publicado na mídia) justifica a exploração dos recursos pelo bolso sem fundo do interesse nacional. As críticas são apresentadas como resultado da manipulação das populações locais por atores ao serviço de potências estrangeiras (ou até de poderosos estrangeiros).

Mas, é preciso perceber que os mecanismos implantados para a modernização da Amazônia e o futuro energético do país lembram dos meios utilizados pelas potências coloniais clássicas (trocando as mãos cortadas pelo assassinato puro e simples). A desenvolvimento que é oferecido às populações locais é provocado por atores externos, no benefício do exterior : geograficamente, São Paulo é tão distante do Xingú quanto Bruxelas do Dniepr, e financeiramente, os fundos do BNDS dependem mais do pulmão econômico do país que da zona franca de Manaus.

Emfim, o principal. O estudo de impacto ambiental fornecido pela companhia Eletrobras ao IBAMA tem lacunas graves, reunidas por uma análise realizada em setembro de 2009 por um grupo de científicos brasileiros e estrangeiros. Este evidenciaram toda a fraqueza dos argumentos dos construtores do projeto : impactos negativos minimizados ou simplesmente ometidos, e benefícios inflados. A população humana, animal e vegetal é sub-estimada, as comunidades indígenas colocadas em categorias de « influência indireta » e a gestão dos problemas sociais tratada por turvos programas, cujo conteúdo não é detalhado. A pressão sobre as terras e a abertura de uma nova frente de deflorestação não são tratados. E a imprensa nacional segue o caminho.

Ao final, Belo Monte expoz um fenômeno pouco agradável : quando se trata de entender onde o Brasil se apoia para elevar-se no status internacional que ele se prometeu, talvez não seja necessário buscar pelo resto da América Latina ou na África, do modo que fizeram as potências européias : a resposta pode simplesmente ser encontrada na Amazônia.


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