Mes voisins néo-pentecotistes

Avant-hier, la sympathique petite église néo-pentecotiste vert pomme installée au fond de la rue en terre qui croise la mienne a réuni sa toute aussi sympathique petite communauté pour une bonne vieille soirée de prières au nom du Tout Puissant. Ce qui était annoncé dans les rues par une voiture surmontée d’un énorme haut-parleur – simple fait qui aurait d’ailleurs pu me mettre la puce à l’oreille – comme étant une bienveillante session sur le thème de l’Envie (le Péché Capital selon lequel nous convoitons les biens des autres – y compris et surtout leurs femmes) a rassemblé un nombre impressionant de fidèles.

Et il n’aura pas fallu bien longtemps, même de loin car nous ne sommes qu’à deux cent mètres du petit temple protestant, pour qu’on comprenne ce qui était en train de se passer. Dans la soirée, au lieu d’exposer calmement les fondements doctrinaires et conceptuels du dit péché, ainsi que les conséquences pour ceux qui le pratiquent, l’homme qui était probablement l’invité vedette, pardon, le pasteur de la soirée s’est emparé du microphone pour ne le relacher qu’une poignée d’heures plus tard. Pendant tout ce temps, il s’est lancé dans un discours digne des plus grands généraux face à une armée barbare supérieure en nombre. Il a littéralement enflammé son assemblée, qui se consume probablement aujourd’hui encore dans les cendres de ses très saintes paroles. De celles-ci, je n’ai pas compris grand chose (après le coucher du soleil, mon niveau de portugais est en chute libre), mais ce n’est pas très important car le fond du discours était dans le ton.

On peut faire le test avec n’importe quel animal (même une poule): en utilisant un ton gentil, menuet et amical, on peut proférer des horreurs – le chien remuera la queue et le chat ronronnera d’aise. Dans ce cas-ci, bien entendu, c’était le contraire. Imaginer la version hargneuse d’un discours religieux fait généralement penser aux harangues du vendredi soir dans les mosquées de Baghdad, de Téhéran ou d’Islamabad. Et pourtant, loin du conflit israélo-palestinien et des troupes de l’OTAN en Afghanistan, ici dans la banlieue boueuse de São Gonçalo dos Campos, un pasteur a cru bon de mélanger haine et religion.

D’après ma voisine, qui en connaît un bout sur le sujet, c’est un sentiment de soulagement et de légèreté qui anime les gens à la sortie d’une assemblée comme celle-là. Comme si tout le poids du monde était remis dans les mains de Dieu, une sorte d’offrande, une manière de dire « rira bien qui rira le (jour du Jugement) Dernier ». Plus tard, comme pour me confirmer la chose, dans le bus qui m’emmènait à Salvador, j’ai encore eu la joie d’entendre un animateur radio néo-pentecotiste rappeler que « Une chose est sûre: Dieu existe. » (Notez le point final).

Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est autre chose que les gens remettent à Dieu, ou à plus tard (ou les deux). Soutenu par des rituels à caractère psycho-magique proches du vaudou (imposition des mains, exorcisme et même guérisons miraculeuses) le discours religieux provoque une sorte de transfert de responsabilité de l’humain au divin. Et si d’un côté la justice divine permet d’empêcher que les gens fassent justice eux-mêmes, elle en finit aussi avec cette créativité humaine qui pousse développer de nouvelles formes de vie en société quand celle-ci est face à un problème.

En d’autres termes, cette légèreté qui habite les fidèles à la sortie du culte leur permet certainement de supporter la réalité de merde dans laquelle la plupart d’entre eux vivent indéniablement – mères célibataires, sans emploi, à la limite du seuil de pauvreté, au milieu de quartiers insalubres et surpeuplés (même à São Gonçalo dos Campos). Elle les empêche également d’envisager que l’ordre apparent dans lequel le Tout Puissant nous a installé puisse être changé. C’est-à-dire qu’eux-mêmes puissent le changer.

D’ailleurs, l’une des interprétations étymologiques pour le terme latin « religio » est « re-lier ». D’où, invariablement, un noeud.

Ante-ontem, a simpática pequena igreja neo-pentecostal verde maçã localizada no final da rua de terra que cruza a minha reuniu a sua não-menos-simpática pequena comunidade para uma destas boas velhas noites de oração em nome do Todo Poderoso. O que estava anunciado nas ruas por alto-falantes montados em cima de um carro – eu deveria ter percebido nesta hora – como uma bemdita sessão sobre o tema da Inveja (o Pecado Capital segundo qual nos queremos os bens dos outros – entre os quais, sobretudo, as mulheres deles) juntou um número impressionante de fieis.

E não demorou muito tempo, mesmo de tão longe, pois vivemos a duzentos metros do pequeno templo protestante, até entendermos o que estava prestes a acontecer. Durante a noite, em vez de apresentar calmamente os fundamentos doutrinários e conceituais do dito pecado, bem como as consequencias possíveis para aqueles que praticam, o homem que erq provavelmente o convidado estrela, desculpe, o pastor do evento pegou o microfone e só o deixo um punhado de horas mais tarde. Durante este tempo, se jogou corpo e almo num discurso digno dos maiores generais enfrentando um exército de bárbaros em superioridade numérica. Literalmente inflamou a sua assembléia, que com certeza ainda se consume nas cinzas das suas muito santas palavras. Delas, eu não entendi nada (após o pôr do sol, o meu nível de português caí dramaticamente), mas não importa muito porque o fundo do discurso estava no seu tom.

Podemos fazer o teste com qualquer animal (mesmo uma galinha): usando um tom gentil, miudo e amigável, é possível proferir horrores – o cachorro abana a cauda e o gato ronrona de alegria. Neste caso, claro, foi o contrário. Imaginar uma versão cheia de ódio de um discurso religioso pode fazer pensar nas arengas da sexta feira nas mesquitas de Badgá, Teerã ou Islamabad. Mas, longe do conflito israelo-palestinense e das tropas da OTAN no Afeganistã, aqui na periferia lamacente de São Gonçalo dos Campos, um pastor achou bom misturar ódio e religião.

Segundo a minha vizinha, que sabe muitas coisas sobre o assunto, as pessoas na saída de uma assembléia destas sentem leves e aliviadas. Como se todo o peso do mundo fosse colocado nas mãos de Deu, um tipo de oferenda, uma maneira de dizer « ri melhor quem ri no (Juizo) Final ». Mais tarde, para confirmar a coisa, no ônibus que me levou para Salvador, ainda teve o prazer de ouvir um radialista evangélico lembrar que « uma coisa é certa: Deus existe. » (Prestem atenção ao ponto final).

Mas não posso deixar de pensar que as pessoas deixam outra coisa nas mãos de Deus. Apoiado por rituais de caráter psiquo-mágico perto do vudu (imposição das mãos, exorcismo e até curas milagrosas) o discurso religioso provoca um tipo de transferência de responsabilidade do humano para o divino. E se, por um lado a justiça divina permite impedir que as pessoas façam justiça eles-mesmos, também acaba com esta criatividade humana que faz procurar novas formas de vidas em sociedade, quando esta enfrenta um problema.

Em outras palavras, a leveza que acompanha os fieis na saída do culto permite com certeza que eles aguentam a realidade de merda na qual a maioria deles mora – mães solteiras, sem emprego, à beira da miséria, em bairros insalubres e sobrepovoados (até em São Gonçalo dos Campos). Também impede que considerem que a ordem aparente na qual o Todo Poderoso nos colocou possa mudar. Ou seja, que eles possam mudá-lo.

Pois uma das interpretações etimológicas para a palavra latina « religio » é « re-ligar ». Por isso, o nó.

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